MACHINES A PElGPiER.
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que les qualités de ces matières elles-mêmes : la force, la grosseur, lafinesse aussi bien que la longueur, influent notablement sur les quantitésrelatives de la filasse, des étoupes et du déchet; l’influence des climats,la nature des terrains, les rouissages, contribuent d’une manière sensibleà rendre les fibres plus*ou moins fortes, plus ou moins cassantes, plus oumoins longues, fines, souples ou déliées. Il en résulte cette conséquenceremarquable, et que l’on comprendra aisément : que la qualité des ma-tières textiles varie chaque année dans les mêmes localités selon les varia-tions de la température pendant l’époque où s’opère la croissance et lamaturité des plantes. D’un autre côté, la culture et le rouissage ne s’opé-rant pas avec le même degré d’intelligence par chaque cultivateur, il y aencore dans cette circonstance des variations très-notables. De sorte qu’iln’est pas possible de déterminer à l’avance un chiffre exact de la moyennedu rendement des lins ou des chanvres de telles ou telles localités pen-dant deux années différentes.
En général, les pays où les lins produisent le plus de rendement enfilasse sont en premier lieu la Hollande, la Belgique et Bernay; viennentensuite les lins d’Irlande , de la haute Picardie, du pays de Caux, de Per-nau et d’Archangel ; les lins de la basse Picardie, de la Courlande , de laPrusse et de l’Anjou sont ceux qui en donnent le moins. Les chanvres parordre de plus grand rendement sont : les environs de Bologne en Italie ,l’Anjou, la Normandie , la Picardie, le Dauphiné et la Sarthe .
L’amélioration de la qualité des matières textiles par la culture, en pré-sence de l’accroissement considérable des filatures mécaniques procurantau cultivateur un débouché certain, a fait de grands progrès en ce qu’ils’agit des lins ; quant aux chanvres, malgré la supériorité de leurs fibres,qui sont plus résistantes aussi bien à la tension longitudinale qu’à laflexion angulaire, qui s’altèrent moins à l’action de l’humidité, à celle dela transpiration du corps de l’homme, comme à celle des lessives plus oumoins caustiques, produisent conséquemment pour l’économie domestiquedes toiles d’une durée infiniment plus longue que celles fabriquées avecdes fils de lin; les chanvres, disons-nous, malgré leur richesse fibrillaire,n’ont pas rencontré, sous le rapport de leur culture les mêmes encoura-gements que les lins, n’ayant pas eu à satisfaire progressivement commeces derniers à des besoins manufacturiers.
La force fibrillaire des chanvres qui fait leur supériorité sur la plupartdes autres matières textiles a été précisément, pendant longtemps, unobstacle au traitement de cette matière par la mécanique.
Les fibrilles qui sont rattachées les unes aux autres pour former la filasseétant plus résistantes que celles du lin, la gomme qui les unit s’amollissantplus difficilement sous l’action de l’eau chaude, l’assemblage fibrillaire duchanvre, comme on le conçoit, présente une plus grande résistance à l'ac-tion de la division des fibrilles par les machines; d’où il s’ensuit que, pourfiler mécaniquement cette matière, il est nécessaire d’employer des ma-