85
CARDE A ÉTOUPES.
« Les premières, qui se composent des mauvais bouts, ne sont passéesque sur la grosse carde. On s’abstiendra de les soumettre à la carde fine ;ce qui serait un soin fort inutile, une peine perdue, et même un travailfoncièrement mauvais; seulement, on pourra dans ce cas augmenterl’énergie de la grosse carde, et donner plus de précision à son travail enrapprochant tous les cylindres. Le produit qu’on obtiendra sera très-con-venable pour de gros fils, les seuls qu’on puisse obtenir par l’emploi desmauvais bouts.
« Quant aux étoupes de la troisième classe ou du dernier peigne, qu’onpeut appeler les étoupes fines, comme elles ont déjà subi un travail assezfort au peignage et que les brins en sont légers et bien divisés, il est inutilede les soumettre à la grosse carde, et l’on peut sans transition les fairepasser sur la carde fine. Un double cardage les fatiguerait sans raison, etla carde fine est assez forte pour travailler comme il convient les brinslégers dont elles se composent.
«C’est donc pour les étoupes de la seconde classe que le double cardagedoit être réservé. Comme elles sont de très-bonne nature, puisqu’elles sonttirées du corps de la mèche, elles peuvent produire du fil aussi fin que laqualité du lin le comporte; elles ne sont donc pas indignes d’être traitéespar la carde fine. Mais, dans l’état où elles sont, n’ayant pas encore subil’action du peignage, elles sont trop grossières, trop dures pour y êtresoumises immédiatement. Il faut donc les faire passer d’abord par la grossecarde qui les brisera et les assouplira, de manière que la carde fine n’auraplus ensuite qu’à les finir. Pour cette sorte d’étoupes, le double cardage esttrès-convenable, parce que la matière en vaut la peine et qu’un seul travailne suffirait pas; seulement, dans ce cas, il ne faut pas que le travail de lagrosse carde soit aussi énergique, puisqu’il n’est que préparatoire. Au lieudonc de rapprocher les cylindres, on les écartera; en revanche, on char-gera la machine d’une plus grande quantité de marchandises, de manièreque les intervalles des cylindres soient toujours bien remplis; et afin quele ruban qu’elle produit ne soit pas trop fort, on augmentera l’étirage parun changement de pignon.
« Tout ce que je viens de dire, ajoute M. Coquelin, n’a rien d’absolu. 11faut avoir égard à la nature et à la qualité du lin que l’on emploie ; mais,dans les cas ordinaires, ces règles sont bonnes à suivre, et l’on fera bien des’y conformer. »
On a cru devoir proposer depuis quelques années des cardes de grandesdimensions disposées avec un plus grand nombre de cylindres autour dutambour, afin de faire plus de travail, mais elles sont aussi beaucoup plusdispendieuses.