FILATURE DU LIN.
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« Quels regrets ne devront pas éprouver, en lisant ce mémoire, les écri-vains français qui, tout en se faisant les défenseurs de notre industrie na-tionale, et tout en m’attribuant l’honneur d’avoir inventé les procédésfondamentaux de la filature mécanique du lin, ont cependant réservé àl’Angleterre l’honneur de l’avoir perfectionnée, et lui ont attribué, surtoutavec emphase, l’invention de cette méthode merveilleuse de filature en fin,qu’ils intitulent : « le plus grand pas que l’Angleterre ait fait faire à cettebranche d’industrie (1). »
« Autant l’introduction de la première partie de mes procédés en Angle-terre avait été lente, et, pour ainsi dire, inaperçue, autant l’adoption decette seconde partie de mon système fut éclatante et subite. Cette différenceétait une suite nécessaire de la différence des circonstances où les deuxrévolutions avaient eu lieu. En 1815, il s’agissait de relever des fabriquesabandonnées ou près de l’être, de rappeler la confiance vers une industriequi avait ruiné jusqu’alors tous ceux qui avaient osé s’y livrer ; on conçoitqu’il fallut de longs efforts pour triompher de pareilles difficultés. En 1826,au contraire, c’était une industrie qu’une partie de mes inventions avaientdéjà rendue riche et florissante, et à laquelle on venait apporter tout àcoup de nouveaux éléments de richesse et une perfection inespérée. Unetelle révolution devait être nécessairement générale et instantanée.
« Cet événement fut, sans aucun doute, l’un des plus importants qu&l’on puisse citer dans l’histoire de l’industrie manufacturière. La France acommencé, depuis plusieurs années, à en ressentir les immenses résultats.Une différence de 30 à 40 millions au détriment de son commerce pour laseule année 1838 ! telles ont été les suites de l’exil auquel le gouverne-ment de 1815 condamna, et l’invention née de la parole de Napoléon, etl’inventeur, à qui il ne sut offrir, au lieu du million promis, qu’un prêt de8,000 francs, pour lequel encore il exigeait une hypothèque que nous nepouvions pas donner; protection dérisoire que je ne rappelle qu’avec dou-leur pour justifier mon expatriation. »
(1) On trouve dans la Revue des Deux Mondes (n° du 1er juillet 4839) le passage suivant :
« C’est finalement en Angleterre que le problème a reçu sa solution, et comment? parle simple« rapprochement des appareils (cylindres fournisseurs et cylindres étireurs). On comprend, en effet,
« que plus les appareils sont rapprochés, moins il y a de danger de rupture.
« Ce rapprochement des appareils est peut-être le plus grand pas que l’Angleterre ait fait faire à«la filature mécanique : non-seulement il lui a permis d’employer l’eau chaude, et par là de filer les« numéros élevés, mais il l’a conduite à travailler les étoupes ; car les étoupes, dont le brin est« naturellement toujours court, ne pouvaient se filer avec des appareils si distants l’un de l’autre.«Mais les anciens fiiateurs français avaient jugé nécessaire de conserver les filaments du lin dans« leur longueur tandis que dans le système à l’eau chaude, tel qu’il se pratique aujourd’hui, si on« obtient par le rapprochement des appareils un étirage plus régulier, ce n’est aussi qu’en brisant« les filaments. »
( La suite à la page 280.)
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