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* 33ô HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

Les nouveaux possesseurs jouirent de l'autorité la plus étendue«Ils disposoient des terreins. Les places civiles & militaires étoienítoutes à leur nomination. Ils avoient droit de faire grâce à ceuxque leurs délégués condamnoient à mort. C’étoient de petitssouverains. On devoit croire que régissant eux-mêmes leur do-maine , l’agriculture y feroit des progrès rapides. Cette conjec-ture fe réalisa à un certain point, malgré ses émotions qui furentvives & fréquentes fous de tels maîtres. Cependant ce secondétat des colonies Françoises ne fut pas plus utile à la nation que1 e premier. Les Hollandois continuoient à ses approvisionner,& à en emporter ses productions, qu’ils vendoient indifféremmentà tous ses peuples, même à celui qui, par la propriété, devoiten avoir tout 1e fruit.

Le mal étoit grand pour la métropole. Colbert se trompa furle choix du remède. Ce grand homme qui conduisent depuisquelque tems ses finances & 1e commerce du royaume, s’étoitégaré dès ses premiers pas de fa carrière. L’habitude de vivreavec des traitans , du tems de Mazarin , l’avoit accoutumé à re-garder l’argent, qui n’est qu’un instrument de circulation, commela source de toute création. Pour attirer celui de l’étranger, iln’imagina pas de plus puissant moyen que ses manufactures. IIvit dans ses atteliers toutes ses ressources de l’état, & dans sesartisans tous ses sujets précieux de la monarchie. Pour multipliercette espèce d’hommes, il crut devoir tenir à bas prix ses denréesde première nécessité, & rendre difficile l’exportation des grains.La production des matières premières Poccupa peu ; & il appliquatous ses foins à leur fabrication. Cette préférence donnée à 1 in-dustrie fur l’agriculture , subjugua tous ses esprits ; & ce systèmedestructeur s’est malheureusement perpétué.

Si Colbert avoit eu des idées justes de l’expîoitation des ter-res , des avances qu’elle exige , de la liberté qui lui est néces-saire ; il auroit pris en 1664 un parti différent de celui qu iladopta. On fait qu’il racheta la Guadeloupe & ses istes qui endépendoient, pour cent vingt - cinq mille livres; la Martiniquepour quarante mille écus ; la Grenade pour cens mille francs ;

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