LIVRE II.
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sent partout en usage ( 1)5 l’autre, d’après l’ancienne manière, est la maçon-nerie en liaison ( 2 ). La maillée est la plus agréable à la vue, mais l’ouvrage estsujet à se fendre, parce que les lits et les joints se rompent et s’écartent aisé-ment de tous côtés, au lieu que la maçonnerie qui est faite en liaison, et en la-quelle les pierres sont posées les unes sur les autres en maniéré de tuiles , estbien meilleure, quoiqu’elle ne fasse pas un aussi beau parement. Dans l’une oul’autre de ces manières, il faut que les murailles soient bâties de petites pierres (3);
Le troisième genre de maçonnerie, auquel Vitruven’a point donné de nom , mais que j’ai cru que l’onpouvait appeler reoinctum , c’est-à-dire cramponné , estcomposé des deux premiers genres : car, dans cettestructure -, les deux parements sont bâtis en liaison avecdes pierres taillées et équarries que des crampons de ferlient en passant d’un parement à l’autre ( V. fig. 6 ,pl. VII) pour empêcher qu’ils ne se séparent par la pous-sée du garni du milieu , qui est fait de pierres bruteset de cailloux jetés à l’aventure dans du mortier.
(1) Il se voit peu de cette espèce de structure dansles anciens bâtiments qui nous restent, et cela peut vé-rifier ce que Vitruve dit, savoir qu’elle n’est pas du-rable. Pour ce qui est de la beauté qu’on y trouvait dutems de Vitruve, elle n’est pas trop bien fondée , selonle goût de l’architecture grecque, qui ne saurait trouverde la beauté dans une structure qui parait n’avoir pasde solidité , au contraire du goût gothique qui aimel’apparence du merveilleux, faisant des colonnes très-longues et très-menues pour soutenir de grandes voûtesqui retombent sur des impostes en culs-de-lampe sus-pendus en l’air. Le seul cas où elle peut avoir quelquebeauté est dans les pignons et dans les tympans desfrontons, parce que ses joints sont parallèles aux cor-niches du fronton. On voit un exemple de cette struc-ture à Trêves, au fronton delà grande église.
( 2 ) Tous les exemplaires ont incertum avec un C,mais mal selon mon avis, parce que celte structure in-certaine, ainsi qu’ils l’entendent, c’est-à-dire en la-quelle les pierres ne sont point arrangées suivant uncertain ordre, mais mises seulement à l’aventure, commeelles viennent, n’est point de la première manière debâtir dont il s’agit, mais de la dernière appelée emplec-ton , où les pierres sont mises uti suntnatu: c’est pour-quoi je lis insertion avec une V , qui est à dire liée etentrelacée ; car c’est ce que la définition que Vitruvedonne du mot explique clairement, puisqu’il est dit
que les pierres sont placées les unes sur les autres enmanière de tuiles, dont on sait que la disposition esttelle, que le joint montant de deux tuiles répond aumilieu d’une autre. Car il est vrai que dans la manièrede bâtir qui est en liaison de même qu’aux tuiles , lejoint montant AC des deux moellons BB ( fig . 2 , pl. VII )répond au milieu du moellon A; et ainsi chaque moellonou cœmentum , comme celui qui est marqué A, est inser-tum , c’est-à-dire engagé et comme fiché entre les moel-lons I3B et DD ; et de plus, cette structure ne peut êtreappelée incertaine, c’est-à-dire inégale et fortuite,parce qu’elle n’est pas moins réglée et moins égale quela maillée , puisque tous les joints se rapportent par unordre égal de deux en deux assises les unes aux autres.Il est seulement vrai , ainsi que Vitruve le remarque ,qu’elle est moins belle à voir que la maillc'e, à causede l’inégalité des deux espèces de joints, dont l’un,le montant, est interrompu, au lieu que ceux de lamaillée montent tous obliquement et d’une même façon.
(3) Ceci est répété au 4 e chapitre du livre , et la.maxime est vraie quand la solidité et la fermeté de lastructure doivent dépendre de la liaison que les pierresont avec le mortier, et non pas quand elles consistentdans la figure et dans la coupe des pierres qui sont tailléessi juste que leur situation seule et leurs poids sont suffi-sants pour donner à l’ouvrage toute la fermeté possible ;car en ce cas le mortier sert plutôt pour empêcher , enprêtant et obéissant, que la dureté et la fierté des gran-des pierres ne fassent rompre les carnes des joints quepour les coller les unes aux autres , ce que la manièrede joindre les pierres par le moyen des lames de plombqu’on met entre deux fait voir assez clairement. Il y a:même des structures fort anciennes dans lesquelles detrès -grandes pierres ont été posées immédiatement lestunes sur les autres, sans mortier et sans plomb, dontles joints n’ont point éclaté, mais sont demeurés près—qu’invisibles par la jonction des pierres qui ont été tail-