LIVRE VI.
7
si dans l’espace qui est plus proche du pôle souterrain, c’est-à-dire qui est auxrégions méridionales, les habitants, à cause du peu d’élévation polaire, ont leton de la voix plus aigu ; de même que celui des cordes qui dans l’instrumentsont plus rapprochées de l’angle, et si encore, selon cette proportion, les peuplesqui habitent le milieu de la Grèce ont la voix moins haute , et qu’enfin ceux quihabitent depuis ce milieu jusqu’à'l’extrémité du septentrion, ont le ton de la voixnaturellement plus bas et plus grave, c’est qu’il semble que tout dans l’universest réglé par une proportion de consonnance qui varie selon la température quecause la différence de hauteur du soleil.
Les peuples donc qui sont entre les régions méridionales et septentrionalesont le ton de la voix moyen, de même que dans la figure qui représente lesdifférents tons de la musique, et enfin ceux cpii approchent du septentrion,parce qu’ils ont le pôle le plus élevé , ont le ton de la voix bas, comme Y Hjpâtéou le Proslambanoménos , à cause de l’humidité qui remplit les conduits de lavoix • et par la même raison la voix de ceux qui vont de la région moyenne versle midi est aiguë et grêle, de même que la Paraneté.
Cette vérité que les lieux humides grossissent la voix, et que ceux qui sontchauds la rendent plus aiguë, se peut prouver par cette expérience :
Que l’on prenne deux godets (5) de terre, cuits en un même fourneau, de
cliine de guerre que l’on abat d’un navire sur linautre pour servir de pont, et qui est soutenue pardes cordas qui représentent celles d’une liarpe. Il enest parlé au dernier chapitre du dixième livre.
(5) L’expérience des godets de terre a quelquechose qui appartient davantage à ce dont il s’agit,que ne fait l’instrument sambuc; car il est vraique les choses sèches rendent un ton plus hautet plus aigu que celles qui sont humectées, parceque la vitesse du frémissement des corps durs etsecs, quand ils sont frappés, étant cause qu’ilsfrappent aussi l’air avec plus de vitesse, rend le tonplus aigu; et au contraire la lenteur du mouve-ment des corps que l’humidité a relâchés frap-pant l’air par des secousses moins entrecoupées, rendun ton plus bas. C’est par cette raison que les rhumesrendent ia voix grosse et enrouée par 1 humectationdes membranes qui composent le larynx, qui est l’or-gane de la voix ; et c’est encore par cette même raisonque les cordes composées de métal et de hoyau , que
l’on a inventées depuis peu pour les basses dans lesinstruments de musique, ont un son qui a tout en-semble et la force et la gravité , ce qui ne s’était pointencore rencontré dans les instruments, où on a tou-jours observé que les organes qui produisent un tongrave doivent être grands pour avoir un son fort, etqu’une cloche, une corde ou une trompette ne peu-vent se faire entendre de loin , si elles ne sont gran-des , parce que la lenteur du battement et du frémis-sement qui fait le ton grave rend le son faible, si lagrandeur de l’organe ne fait que son frémissementsoit une agitation de parties assez grandes pour, enfrappant beaucoup d’air, faire beaucoup de bruit.C’est pourquoi la septième d’un tuorbe, quoique plusbasse que la sixième, a un son près d’une fois aussifort, parce qu’elle est une fois aussi longue, et lachanterelle d’une violle accordée à l’unisson avec lebourdon a de la peine à se faire entendre, parcequ’elle est beaucoup plus menue. Mais cette nouvellemanière de corde fait une fois autant de bruit qu’une