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64 VITRUYE,

Il faut aussi faire en sorte que le poids des murs soit soulagé par des dé-charges faites de pierres taillées en manière de coin, et disposées en arcs ; carles deux bouts de larcade de la décharge étant posés sur les bouts du linteau oudu poitrail, le bois ne pliera point, parce quil sera déchargé dune partie deson faix; et sil lui arrivait de se gâter par vétusté, on pourrait le remplacersans quil fût besoin détayer.

Dans les édifices qui sont bâtis sur des piles jointes par des arcades, il fautavoir soin de donner plus de force aux piles des extrémités, afin quelles puis-sent résister à leffort des pierres taillées en coin, qui en se pressant lunelautre, à cause du poids des murs qui sont au-dessus, pourraient pousser lesImpostes; mais les piles des angles étant fort larges, louvrage aura la fer-meté désirable.

Outre toutes ces choses, qui doivent être exactement observées, il faut encoreprendre garde que la maçonnerie soit bien daplomb, et que rien ne penche nidun côté ni dautre ; et lon doit surtout apporter le plus grand soin à la con-struction des murs en fondation à cause de la terre quils soutiennent, qui peutcauser une infinité dinconvénients. Car la terre nest jamais en un même état,variant selon les saisons; en hiver, elle senfle et devient plus pesante quen été,à cause des pluies qui la pénètrent, ce qui fait quelle presse et quelle rompt lamaçonnerie. Pour remédier à cet inconvénient il faut en premier lieu donner aumur une épaisseur proportionnée à la terre quil soutient, il faut de plus le ren-forcer en dehors (3) avec des éperons et des arcs-boutants (4) qui seront con-struits en même temps que le mur et seront séparés les uns des autres (5) par

ainsi quil a été remarqué au chapitre 2 du troisièmelivre, signifie la cymaise, ou talon dune corniche;il ny a point dapparence que Yitruve en entendeparler, parce quen cet endroit-ci il ne. sagit pointdaucun membre darchitecture en particulier; desorte que lysis se doit prendre selon la significationgrecque à la lettre , cest-à-dire pour la rupturedun mur qui se fait par la séparation des pierres dontil est composé. Néanmoins les grammairiens croientque Yitruve a voulu signifier par ce mot le vide et jlouverture dune porte.

(3) Cest-à-dire à la face du mur , laquelle soutientla terre. Le texte a in frontibus , qui est opposé à in-trorsùs conlrà terrenum , en sorte que je crois que Yi-truve entend quil a des éperons aux deux faces dumur, dont les uns sont droits et parallèles, savoir

ceux qui sont en dehors et devers la terre ; les autresfont des angles qui sont uti déniés serratim constructifainsi quil se voit dans cette figure.

(4) Les mots grecs anterides et erismce , que Yi-truve a mis ici, signifient des appuis : ils viennent duverbe eridein, appuyer, résister et pousser contre. Nosmots français déperons et arcs-boutants sont méta-phoriques et désignent les deux espèces dappuis quelon met aux murs ; car les uns, marqués A, qui sont

j perpendiculaires au mur , sont appelés éperons parcequils sont attachés au mur de même que léperonlest au talon ; les autres , marqués B , nommés arcs-boutants, sont courbés et sont de la même espèce queceux que Yitruve dit ressembler à des dents de scie,marqués C. ( Voir la Planche LXXV .)

(5) Le texte latin est si corrompu en cet endroit.