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130 YITRUYE,

la pluie, parce qu’étant échauffés par l’ardeur des régions par lesquelles ilspassent, ils amassent toute l’iiumidité qu’ils ôtent à la terre, ils la vont répandrevers le septentrion.

Les sources des grands fleuves sont encore une autre preuve (4). Nous voyonssur les cartes de géographie ou ils sont tracés, et dans les descriptions, que laplupart, et surtout les plus considérables, prennent leur naissance au septentrion:tels sont, dans les Indes, le Gange et l’Inde, qui descendent du mont Caucase;dans l’Assyrie (5), le Tigre et l’Euphrate; en Asie et dans le royaume dePont, le Borysthène, l’Ilypanis et le Tanaïs; en Colcliide, le Phasis; dans laGaule, le Rhône; dans la Belgique, le RXiin; en-deçà des Alpes,le Timavus(6)et le Tô ; en Italie, le Tibre (7) ; en Maurusie , que nous appelons Mauritanie,le fleuve Dy ri s (8), qui, descendant du mont Atlas, va du septentrion parl’occident dans le lac Heptabole, ou il change de nom pour prendre celui deNiger, puis, sortant du lac Heptabole , après avoir passé sous des montagnesdésertes, il coule au travers des régions méridionales pour entrer dans les maraisCaloé qui entourent le royaume de Meroë dans l’Éthiopie méridionale; aprèsêtre sorti de ces marais, il fait plusieurs détours , et passe auprès des deuxfleuves Astasobas et Aslaboras (9) et de plusieurs autres; il poursuit sa courseà travers des montagnes, et parvient à la cataracte, d’oii il se précipite vers le

(4) L’argument que Yitruve tire de l’exposition dela source des grands fleuves au midi, pour prouverl’attraction que le soleil fait de l’humidité, n'est pasfort, à propoition que les fleuves dont il parle sontgrands, parce que la grandeur des fleuves ne dépendpas de leurs sources, qui sont bien souvent de petitesfontaines. Il y a encore ici une contradiction avec cequi a été dit au chapitre précédent, savoir que lessources qui sont sur la pente des montagnes tournéesvers le septentrion sont plus abondantes, et que lafaiblesse des rayons du soleil est une des principalescauses des sources des fontaines, comme si le soleiln ayant pu attirer en l’air et consumer l’humidité quiest dans la terre, faisait qu’elle s’y amasse en si grandequantité qu’elle est contrainte d’en soi tir en coulantpar sa pesanteur; et ici ce sont les rayons du soleilqui attirent les eaux et les font couler vers le midi.

(5) Je crois qu’il faut lire Assyrla au lieu de Syria ;car le fleuve Tigns est assez loin de la Syrie, et ilpasse au milieu de l’Assyrie. Les anciens géographesont souvent confondu ces deux pays.

(6) Rivière de Frioul qui se jette dans la mer Adria-tique.

(7) Il est bien vrai que la source du Tibre coulevers le midi ; mais le Tibre n’est point un grandfleuve.

(8) Strabon dit que le mont Allas est appelé Dyris,sans dire qu’il y ait aucun fleuve en Afrique quiporte ce nom. Au reste, cette description du cours duNil est si éloignée de la vérité qu’il semble que parle fleuve Dyris on doive entendre le Nubia , qui dumont Atlas va vers le midi et retourne entrer dans leNtl, qui va vers le septentrion.

(9j (Des nouveaux Éditeurs.) Perrault a mal tra-duit ce passage ; il dit en parlant du Ntl : « S'èlantdivisé en deux bras , nommés Asiasobam et Astaboram,et encore en quelques autres... « bien que le texte soittrès-clair, car il y a se circumagens, et non pas se (haï-tiens. D’ailleurs, XAstaboras et XAstape , que Per-rault nomme XAsiasobam , ne sont pas deux bras duNil, mais bien deux fleuves distincts.