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YITRUYE,

CHAPITRE Y.

COMMENT ON POURRA RECONNAITRE LA QUALITE DES EAUX.

Il est facile, au moyen de plusieurs observations, de reconnaître la qualitédes eaux dunjpays. Si elles coulent à découvert, il faut, avant de les enfermerdans les conduits, considérer quel est létat du corps des habitants (i). Sils

(1) Cette considération est la plus importante et laplus sûre : les autres signes de la qualité des eauxsont plus équivoques. Ce nest pas que la santé deceux qui en usent ne soit aussi en quelque façon unsigne équivoque , parce que les bonnes ou les mau-vaises qualités des eaux peuvent être récompenséespar celles de lair et des fruits de la terre, et par toutesles autres qualités qui sont dailleurs dans le lieu ,auxquelles seules la santé et les maladies des habi-tants peuvent être attribuées. Mais tous les autressignes sont absolument incertains sans lexpérience ,ou du moins sans un examen bien exact et bien par-t iculier des causes qui peuvent rendre les eaux bonnesou mauvaises, telles que sont les qualités des terrespar elles passent et le mélange des différents selsquelles en reçoivent ; car il paraît, par lhistoire deseaux qui a été faite dans le chapitre précédent, queni la limpidité, ni le bon goût, ni la bonne odeur deleau ne sont point des marques certaines de sabonté, puisquil sen trouve dont la boisson est mor-telle avec tous ces signes de bonté ; et quau contraire,lexpérience et la raison font voir quil y a des eauxtroubles, limoneuses, pierreuses, dodeur et de goûtdésagréables, qui ne sont point dangereuses à boire,parce que le mélange qui leur donne ces qualités est

de choses qui nont rien qui soit fort contraire à lasanté.

Leau du Nil, qui est trouble et limoneuse , estmise au rang des bonnes eaux, et il est certain que,lorsquelle est éclaircie par la résidence de son limon,elle nest point purgée de ce quelle peut avoir decontraire à la santé, qui est le nitre quelle a, parceque ce sel que leau a dissous y est retenu, quoiquellelaisse tomber la terre dont elle la tiré ; et cest parcette raison que les eaux qui sont troubles par le mé-lange dune terre qui na que peu de ce sel, qui serencontre dans la bonne terre , nont point dautresmauvaises qualités que de passer dans le corps moinspromptement que les autres, en retardant la distribu-tion , qui ne sen peut faire quaprès que le limon aété séparé dans les intestins, dont les tuniques filtrentce quil y a de pur et de limpide dans les eaux: ce quinarrive pas au sel, dont la ténuité pénètre les tuni-ques les plus solides , et porte jusquau fond des en-trailles des qualités pernicieuses qui ne se reconnais-saient dans leau ni par la vue , ni par le goût, ni parlodorat.

Il y a aussi des eaux qui engendrent de la pierredans les canaux par elles passent, qui ne laissent pasdêtre fort bonnes, parce que la matière dont cette