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LIVRE VIII.
sont robustes, s ils ont de bonnes couleurs , s’ils ne sont point sujets ni auxmaux de jambes (2) ni aux fluxions sur les yeux on peut être certain dela bonté des eaux. >
pierre est engendrée n’est qu’un limon grossier et in-capable de passer au travers des tuniques des intes-tins, et non point un sel contraire et pernicieux : car,bien que ces eaux paraissent fort limpides , ce limonne laisse pas d’être grossier et terrestre; mais il est enassez petite quantité pour faire que l’eau n’en -pa-raisse pas trouble , et il y en a aussi assez pour for-mer cette pierre par une longue succession de temps ;et cette concrétion, qui arrive à ces eaux plutôt qu’àd’autres, ne signifie point autre chose, sinon que leurlimon est d’une nature glutineuse et propre à s’atta-cher aux canaux des fontaines, mais incapable de pé-nétrer les tuniques des intestins.
Ceux qui ne distinguent pas les différentes causesde la concrétion des véritables pierres qui s’engendrentdans l’eau et de la concrétion des matières qui s’en-durcissent dans les corps en forme de pierre, croientque les eaux qui sont sujettes à attacher de la pierreà leurs canaux sont propres à former ce qu’on appellela pierre des reins et de la vessie. Cependant il estvrai que ces deux concrétions n’ont rien de commun,ni dans leur matière ni dans les autres causes qui lesproduisent, et que les dispositions qui sont proprespour l’une sont tout-à-fait contraires à l’autre ; car lamatière qui se rencontre propre à engendrer despierres dans l’eau est terrestre, grossière et pesante ,et celle qui fait la pierre des reins et de la vessie estsubtile, légère, sulfurée, combustible, prise desvégétaux et des animaux qui ont servi de nourriture,et dont la substance est semblable à celle des corps quien sont nourris. En sorte que cette matière ne s’en-durcit que par une chaleur excessive, qui ns fait rienà la concrétion des pierres qui s’engendrent dans lesfontaines , qui est une matière minérale inutile à lanourriture, et qui, par cette raison , n’est jamais ad-mise dans les entrailles, étant incapable d’être filtréeau travers des intestins, qui rejettent autant qu’il estnécessaire tout ce qui par sa nature indomptable etindissoluble n’est point propre à nourrir ; car, quoiquecette matière de la pierre qui s’engendre dans les fon-taines se coagule par quelque sorte de chaleur, ainsi
qu’il a été dit, elle s’amasse et s’épaissit néanmoinsprincipalement par la résidence. En sorte qu’unegrande chaleur ne serait pas capable de faire coaguleret endurcir plus promptement ; et la chaleur des in-testins, en l’épaississant, ne fait que la rendre pluspropre à s’attacher aux autres restes de la nourriture,qui, à cause de leurs grossièretés et inutilités, n’ont puêtre filtrés au travers des tuniques des intestins. C’estpourquoi c’est sans raison que l’on prétend que lamaladie de la pierre est plus commune à Paris qu’auxautres lieux , sur ce que quelques-unes des fontainesde cette ville forment de la pierre dans leurs canaux;car tout le peuple de Paris ne boit pas de l’eau de cesfontaines, et on n’a point remarqué que la maladiede la pierre soit moins fréquente dans les quartiersoù l’on ne boit point de ces eaux , qui sont les meil-leures de la ville, étant celles qui y ont été conduitespar les Romains dans un aqueduc magnifique et longde plus de trois lieues , dont il y a apparence quel’on n’a point entrepris la dépense que parce que l’ona été assuré que toutes les fontaines plus proches n’é-taient pas si bonnes.
Il n’est point encore vrai que l’odeur et le goûtdésagréables qui sont dans une eau soient une marqueinfaillible d’une qualité fort dangereuse, si ce n’estque ce goût et cette odeur proviennent de quelqueminéral pernicieux ; car les eaux de la Seine dont onboit au-dessous de Paris ne sont point dangereuses àproportion de la mauvaise odeur qu’elles ont quelque-fois ; et celles de Nonacris et du Styx, qui n’ont nicouleur,ni odeur,ni goût étranger, ne laissent pas d’êtremortelles à cause du mélange de quelque substanceminérale qui ne se connaît que par ses pernicieuxeffets.
(2) L’expérience a fait voir que l’usage des mau-vaises eaux affaiblit principalement les jambes. Onobserve qu’aux lieux où les eaux ne sont pas fortbonnes à boire , les plaies des jambes sont difficiles àguérir, et que le scorbut, dont un des plus ordinairessymptômes est la faiblesse des jambes, est le plussouvent causé par les mauvaises eaux.