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Les avantures de Telemaque, fils d'Ulysse / par seu Messire François de Salignac, de la Mothe Fenelon, Précepteur de Messeigneurs les Enfans de France, & depuis Archevêque-Duc de Cambray, Prince du Saint Empire
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LE POEME EPI Q^U E. xxvii

& le Grand , & lui imprimer par des faits touchais, les principes générauxqui pouvoient le précautionner contre les dangers de la plus haute naissance, &de la puissance suprême. Dans ce dessein, un Héros Grec & un Poëme d'a-près Homère & Virgile , les Histoires des Pais , des tems , & des faits é-trangers, étoient dune convenance parfaite Le peut-être unique pour mettre lAu-teur en pleine liberté de peindre avec vérité & force, tous les écueils qui me-nacent les Souverains dans toute la fuite des Siécles.

II arrive par une conséquence naturelle & nécessaire , que ces véritez uni-verselles peuvent quelquefois paroître avoir du rapport aux Histoires du tems,& aux situations actuelles ; mais ce ne font jamais que des rapports généraux, in-dépendans de toute application particulière ; il falloit bien que les fictions desti-nées à former Teníance du jeune Prince, renfermassent des préceptes pour tousles momens de fa vie.

Cette convenance des moralités générales , à toutes fortes de circonstances,fait admirer la fécondité, la profondeur, & la sagesse de lAuteur. Mais el-le nexcuse pas l'injustice de ses Ennemis, qui ont voulu trouver dans son Télé-maque certaines allégories odieuses , & changer les desseins les plus sages & lesplus modérez en des Satyres outrageantes contre tout ce quil respectoit le plus.On avoit renversé les Caractères, pour y trouver des rapports imaginaires , &pour empoisonner les intentions les plus pures. LAuteur devoit-il supprimer cesmaximes fondamentales dune Morale & dune Politique si faine 8c si convenable,parce que la maniéré la plus sage de les dire , ne pouvoir les mettre à couvertdes interprétations de ceux qui ont le goût dune basse malignité?

Notre illustre Auteur a donc réuni dans son Poëme les plus grandes beautezdes Anciens. Il a tout lenthousiasme & labondance dHomère, toute la magni-ficence & la régularité de Virgile. Comme le Poète Grec, il peint tout avecforce, simplicité & vie, avec variété dans la Fable, & diversité dans les Caractères ;ses Réfléxions sont morales , ses Descriptions vives, son Imagination féconde;par-tout ce beau feu que la Nature feule peut donner. Comme le Poète La-tin, il garde parfaitement lunité dAction, luniformité des Caractères, lordre& les régies de T Art. Son jugement est profond , & ses pensées élevées ; tan-dis que le naturel sunit au noble, & le simple au sublime. Par-tout T Art de-vient Nature. Mais le Héros de notre Poète est plus parfait que ceux dHomé-re & de Virgile; fa Morale est plus pure, 8c ses fentimens plus nobles. Con-cluons de tout ceci, que T Auteur du Télémaque a montré par ce Poème que laNation Françoise est capable de toute la délicatesse des Grecs, & de tous lesgrands fentimens des Romains. LEloge de T Auteur est celui de fa Nation.

FIN.

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