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LE POEME EPI Q^U E. xxvii
& le Grand , & lui imprimer par des faits touchais, les principes générauxqui pouvoient le précautionner contre les dangers de la plus haute naissance, &de la puissance suprême. Dans ce dessein, un Héros Grec & un Poëme d'a-près Homère & Virgile , les Histoires des Pais , des tems , & des faits é-trangers, étoient d’une convenance parfaite Le peut-être unique pour mettre l’Au-teur en pleine liberté de peindre avec vérité & force, tous les écueils qui me-nacent les Souverains dans toute la fuite des Siécles.
II arrive par une conséquence naturelle & nécessaire , que ces véritez uni-verselles peuvent quelquefois paroître avoir du rapport aux Histoires du tems,& aux situations actuelles ; mais ce ne font jamais que des rapports généraux, in-dépendans de toute application particulière ; il falloit bien que les fictions desti-nées à former Teníance du jeune Prince, renfermassent des préceptes pour tousles momens de fa vie.
Cette convenance des moralités générales , à toutes fortes de circonstances,fait admirer la fécondité, la profondeur, & la sagesse de l’Auteur. Mais el-le n’excuse pas l'injustice de ses Ennemis, qui ont voulu trouver dans son Télé-maque certaines allégories odieuses , & changer les desseins les plus sages & lesplus modérez en des Satyres outrageantes contre tout ce qu’il respectoit le plus.On avoit renversé les Caractères, pour y trouver des rapports imaginaires , &pour empoisonner les intentions les plus pures. L’Auteur devoit-il supprimer cesmaximes fondamentales d’une Morale & d’une Politique si faine 8c si convenable,parce que la maniéré la plus sage de les dire , ne pouvoir les mettre à couvertdes interprétations de ceux qui ont le goût d’une basse malignité?
Notre illustre Auteur a donc réuni dans son Poëme les plus grandes beautezdes Anciens. Il a tout l’enthousiasme & l’abondance d’Homère, toute la magni-ficence & la régularité de Virgile. Comme le Poète Grec, il peint tout avecforce, simplicité & vie, avec variété dans la Fable, & diversité dans les Caractères ;ses Réfléxions sont morales , ses Descriptions vives, son Imagination féconde;par-tout ce beau feu que la Nature feule peut donner. Comme le Poète La-tin, il garde parfaitement l’unité d’Action, l’uniformité des Caractères, l’ordre& les régies de T Art. Son jugement est profond , & ses pensées élevées ; tan-dis que le naturel s’unit au noble, & le simple au sublime. Par-tout T Art de-vient Nature. Mais le Héros de notre Poète est plus parfait que ceux d’Homé-re & de Virgile; fa Morale est plus pure, 8c ses fentimens plus nobles. Con-cluons de tout ceci, que T Auteur du Télémaque a montré par ce Poème que laNation Françoise est capable de toute la délicatesse des Grecs, & de tous lesgrands fentimens des Romains. L’Eloge de T Auteur est celui de fa Nation.
FIN.
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