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I.A SUISSE PRÉHISTORIQUE
qu'elle date réellement du XIX n,e siècle. Mais avant d’atteindre cequ'Auguste Comte appellerait son « état positif », la Préhistoire a passépar les stades « théologique et métaphysique », où elle était dominée parles dogmes religieux et entravée par les théories académiques ; il n’estpas sans intérêt de suivre à travers les siècles cette marche de la véritése débarrassant peu à peu des voiles d’erreurs et de préjugés qui l’enve-loppaient. 1
Contes de fées ou de nourrices, récits « d’un bon vieux temps » oùtout était plus beau et meilleur que maintenant, peintures enchanteressesd’une vie puissante et bien heureuse : ces rêves dorés qui ont bercénotre enfance ont charmé aussi l’enfance des peuples. Toutes les mytho-logies et toutes les religions ont supposé que l’Homme, lors de sonapparition sur la Terre vécut dans un état d’innocence et de bonheur,dans une Terre privilégiée que les imaginations se plaisaient à parer desplus brillantes couleurs. Tel est le jardin d’Eden de la Bible ; tel estVAge d’or que les Anciens Grecs et Latins mettaient à l’aurore de l’Hu-manité et dont on retrouve la peinture chez tous leurs poètes :
« L’âge d’or vint le premier... C’était un éternel printemps; lesdoux zéphyrs caressaient de leur tiède haleine les fleurs qu’on n’avaitpoint semées. La Terre , qu’on n’avait pas labourée, portait ses fruits etles champs jaunissaient sous les épis penchés, sans avoir été retournés.Les fleuves roulaient des flots de lait et de nectar, et le miel doré décou-lait des chênes toujours verts.» 2
Telles étaient les croyances générales de l’antiquité. Pourtant à lesregarder de près, certains passages semblent témoigner que quelquesanciens s’étaient fait une idée plus juste des conditions de la vie despremiers Hommes : Platon (au livre III des Lois), Diodore de Sicile (livre III) et Strabon (au chapitre XV de sa Géographie) parlent d’untemps où l’Homme ne connaissait pas les métaux ; Hérodote nous
1 Nous citons une fois pour toutes, pour cette partie historique, les ouvrages suivantsdont nous avons fait largement usage :
E.-T. Hamy. Paléontologie humaine. Paris , 1870.
A. Doigneau. Nos ancêtres primitifs. Paris , 1905.
G. bnguerrand. Six leçons de préhistoire. Bruxelles, 1905.
Emile Cartailhac. La France préhistorique. Paris 1896.
- Aurea prima sata est aetas...
Ver erat aeternum. placidique tepentibus aurisMulcebant zephyri notas sine semine flores.
Mox etiam fruges tellus inarata ferebat,
Nec renovatus ager gravidis canebat aristis ;
Flumina iam lactis, iam flumina nectaris ibant,
Flavaque de viridi stillebant ilice mella.