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LA SUISSE PRÉHISTORIQUE
tant plus qu’avec un véritable parti-pris d’entêtement dédaigneux, sesadversaires, Elie de Beaumont en particulier, se refusaient à céder auxinvitations pressantes de Boucher de Fertiles, à visiter ses collections età descendre sur le terrain de ses découvertes. Pourtant, en 1854, le doc-teur Rigollot d’Amiens ', un savant géologue, finit par se rendre àAbbeville et par visiter la galerie de Boucher de Perthes ; saisi aussitôtpar l’évidence, il rentra à Amiens et se mit à fouiller les alluvions qua-ternaires des environs : à Saint-Acheul, il trouva des haches en amandeet d’autres silex taillés, mêlés à des ossements de Mammifères disparus.Il publia aussitôt un mémoire d’autant plus convaincant qu’il provenaitd’un ancien adversaire converti.
La cause n’était pourtant pas encore gagnée; les partisans de Bou cher de Perthes restaient une minorité; le deuxième volume des Anti-quités celtiques et antédiluviennes, qui parut en 1857, suscita de nou-velles objections et fut aussi froidement accueilli que le premier.
Enfin, en 1859, plusieurs savants anglais , parmi lesquels Joseph Prestwich , John Evans , J. Lubbock et Charles Lyell lui-même, le chef del’école géologique anglaise, vinrent à Abbeville et à Saint-Acheul ; sousla conduite de Boucher de Perthes , ils recueillirent eux-mêmes, dans desbancs quaternaires non remaniés, des haches en amande mêlées à desrestes fossiles d’Eléphants. De retour en Angleterre, l’un d’eux se mit àfouiller le gisement de Hoxne (Suffolk ), qui avait déjà été signalé en1799 par John Frère 1 2 dans un mémoire passé inaperçu, y découvrit desinstruments semblables à ceux qui avaient été trouvés en France etdans les mêmes conditions.
Un rapport présenté à la Société royale de Londres remit en lu-mière le remarquable écrit de Frère et reconnut le bien fondé des théo-ries de Boucher de Perthes . Cette année 1859, qui vit cette éclatantevérification des travaux du savant ahbevillois, et en même temps l’appa-rition de YOrigine des espèces de Darwin et la création de la Sociétéd‘Anthropologie de Paris, marque donc une date décisive dans l'His-toire de notre Science 3 .
« Ce fut un éclair qui traversa le ciel, et qui illumina le monde.Tous les dogmes classiques s’effondrèrent, et la doctrine de l’évolutions’empara victorieusement des esprits. » J