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LA SUISSE PRÉHISTORIQUE
« Il n’y a pas, dit Bernardin-de-St-Pierre , une seule plante sur laterre qui n’ait quelque rapport avec les besoins de l’Homme et ne servequelque part à sa table, à son vêtement, à son toit, à ses plaisirs, à sesremèdes, ou au moins à son foyer. »
Le règne végétal, en effet, avec ses produits multiples et abondants,fournit à nos besoins des satisfactions aussi riches que variées. Seulcapable d’utiliser et d’organiser la matière brute, il forme l'intermé-diaire indispensable entre le règne minéral qui l’alimente et le règneanimal qui en dépend.
Pour exploiter les richesses du monde végétal et les approprier àses besoins, pour s’élever de l’état de misère de l’époque primitive aubien-être dont nous jouissons, il fallut à l’Homme une somme prodi-gieuse d’efforts et de soins pendant une longue suite de générations.Cette conquête du règne végétal est intimement liée à l’histoire de lacivilisation dont elle a marqué les étapes principales.
L’utilisation des végétaux peut se faire de deux manières distinctessuivant que l'on se borne à prendre les produits spontanés des plantessauvages ou qu’on les récolte après les avoir propagés et multipliés parla culture.
Le premier mode, qui constitue le régime de la cueillette ou régimedéprédateur, est une simple prise de possession. Il ne demande que del’instinct et peut aussi être pratiqué par les animaux. Le second, ourégime de la culture, régime producteur ou créateur, cherche à produirede quoi satisfaire aux besoins de l’Homme et constitue seul une con-quête durable. Il exige des aptitudes, de l’intelligence et de la réflexionque l’Homme seul possède. La culture, comme l’usage du feu, peutdonc établir la limite où la raison dépasse l’instinct.
Le régime de la cueillette fut accompagné de tâtonnements nom-breux, de périls, et il fallut de cruelles famines pour faire découvrir lavaleur alimentaire et les propriétés des divers produits végétaux de laFlore sauvage; l’Homme acquit ainsi des notions toujours plus précisessur ce que les plantes présentaient d’utile ou d’utilisable en apprenant àles discerner.
Le bien-être procuré par la cueillette était très limité, les plantesutiles à l’Homme étant rares et dispersées. Ce dernier avait à lutter pourla conquête des produits végétaux contre de nombreux concurrents durègne animal. Au reste, une trop grande consommation de végétauxutiles ne devait pas tarder à en réduire le nombre. La difficulté de fairedes approvisionnements durables faisait succéder aux abondances pas-sagères des périodes de privations et de famine.