LA QUESTION ARYENNE
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peuple où elle se trouve. Il ne peut pas être question non plus d’em-prunt. Car cet emprunt 11e se serait pas fait par tous les peuples à lafois, par conséquent le mot cent aurait subi des altérations phonétiquescorrespondant à l’époque où l'emprunt se faisait 1 . Or, nous savons que,dans une même langue, les mêmes lois phonétiques ne sont pas envigueur à toutes les époques. Pour les linguistes, il suffit de citer leslois de Verner et de Grimm dans l’histoire des langues germaniques.Un exemple moins érudit fera mieux saisir la chose. Nous avons enallemand deux mots, Keller et Zelle, qui tous les deux remontent àune racine latine cella. La première fois, l’emprunt s’est fait à une épo-que où c latin était encore une gutturale ; elle ne doit pas être posté-rieure au II mc siècle de notre ère. Cela coïncide avec l’importation de lavigne en Germanie sous Ciermanicus. L’époque de Charlemagne estcelle de la fondation des couvents et de la propagation du christianismeen pays allemands. Le passage de la gutturale c en sifflante devant i etc avait eu lieu, et le mot cella a pris en allemand la forme zelle. Lesmots latins empruntés par les Germains aux premiers temps de leur con-tact avec la culture latine et qui ont l’initiale p, sont invariablement pro-noncés pf, plus tard, on respecte le p. Ex. : Palast et Pfalz. Les condi-tions phonétiques 11e sont plus les mêmes. Le même mot, emprunté parun même peuple à son voisin à des époques différentes, ne conservepas la même forme phonétique. Il s’en suit que le mot cent, s’il avait dûfaire le passage d’un peuple à l'autre à des époques forcément trèsdifférentes, n’offrirait pas cette régularité dans ses changements phoné-tiques. Il y aurait quelque chose d’arbitraire. Nous devons donc en con-clure que ce mot est originaire dans chaque groupe important où il setrouve, et qu’il a suivi les peuples, comme patrimoine bien acquis, dansleurs pérégrinations, une fois qu’ils se sont détachés de leur souche. Ila subi ses transformations avant ou après la séparation selon les loisphonétiques qui ont présidé au développement individuel des différentsdialectes aryens. O11 peut admettre, du reste, que ces différenciationsont eu lieu déjà au sein même du peuple primitif, dont la langue n’apeut-être jamais présenté une unité bien compacte. De même que nousvoyons nos patois varier d’un village à l’autre, la langue primitive a dû,dès le commencement, se diviser en dialectes locaux qui se compre-naient fort bien et offraient ainsi l’apparence d'un groupe uni. 11 suffitalors d'un isolement de tel groupe ou de tel autre, pour que les diffé-rences encore peu perceptibles s’accentuent, se fixent et marquent une
* ' Meillet. Introduction à l’étude comparée des langues indo-européennes , ch. VIII,
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