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Étude sur la loi du 19 avril 1898 relative à la protection de l'enfance / par Georges Leloir
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Cette notion ne pouvait venir à lesprit du législateur quedans un temps comme le nôtre les questions de protectionde lenfance occupent le premier rang dans les préoccupationsde lopinion. 11 y avait naguère comme aujourdhui des crimescommis sur des enfants ; mais, grâce à la sensibilité plus déve-loppée dun public avide démotions, par le fait aussi dunepresse à laffût de tout ce qui peut toucher ses lecteurs, bien desincidents qui jadis auraient passé inaperçus,ont un retentisse-ment profond.

4. En 1891, une petite fille avait été torturée par ses parents(affaire Borlet). Les sévices quelle avait subis pouvaient danslavenir compromettre sa santé; mais, quant à létat présent,la maladie navait pas duré vingt jours. Par son arrêt du 8 jan-vier 1892, la Cour de Paris ne put infliger au principal pré-venu que le maximum de la peine édictée par larticle 311du Code pénal, soit deux années demprisonnement. La répres-sion parut insuffisante, et lindignation que celte affaire causagénéralement eut pour conséquence le dépôt dune propositionde loi (1). Jai signalé en temps et lieu (2) les vices dun projetqui jamais dailleurs ne fut mis en discussion. Laffaire Borletfut bientôt oubliée, et il fallut attendre cinq ans pour qu'unautre incident, donnant au problème un renouveau dactualité,pût être lorigine de nouvelles propositions.

3. Cet incident, cest celui de laffaire Grégoire. Les cho-ses étaient plus graves cette fois, car il y avait eu mort dun en-fant victime de mauvais traitements réitérés. Ces mauvais trai-tements toutefois navaient pas été la cause déterminante dela mort ; ils navaient été connus que plus tard. La crainte de laresponsabilité qui pouvait sensuivre avait déterminé le pèreà délaisser son enfant en lexposant dans un lieu désert à cemoment, mais que lon pouvait hésiter à qualifier de lieu soli-

(1) La proposition Engerand-Leydet fut déposée à la Chambre des députésle 17 décembre 1891 ; lexposé des motifs et le texte de cette propositionfigurent au compte rendu in extenso de la séance. Voir aussi : Documentsde 1891, Annexe 1808, J. off., p. 2959.

(2) Voyez dans la France judiciaire de 1892, 1" partie, pp. 14i et ss.,l'article intitulé : La question des enfants martyrs et la proposition En-gerand-Leydet.