Buch 
Étude sur la loi du 19 avril 1898 relative à la protection de l'enfance / par Georges Leloir
Entstehung
Seite
27
JPEG-Download
 

27

23. Il y a des causes daggravation qui peuvent se pro-duire sur trois bases : 1» lieu de labandon ; 2° conséquences delabandon ; 3° lien de lenfant avec lauteur de labandon.

La distinction entre labandon qui seffectue en un lieu soli-taire et celui qui a lieu dans un endroit non solitaire était déjàfaite dans le Code pénal primitif. Lappréciation que cette dis-tinction exige faisait naître des difficultés pratiques que laffaireGrégoire mit particulièrement en lumière. Abandonné, en effet,de nuit, dans une allée ouverte sur une rue fréquentée de Paris,il était assez délicat dapprécier si lenfant Grégoire avait étédélaissé en un lieu solitaire ou non solitaire. Fallait-il prendrele mot « solitaire » dans son sens absolu ? fallait-il au contraire,pour juger la question, envisager lheure lexposition avaitété réalisée? Cest cette dernière interprétation qui prévalut,en fait, devant la chambre des mises en accusation ; cest celleaussi qui a semblé préférable à la commission de la Chambre,si on en juge par un passage emprunté au rapport de M. de Fol-leville : après avoir donné comme exemple de lieu non solitaire« le corridor dune maison habitée ou, suivant les cas,une placeou une rue publique », le rapporteur ajoute : « Nous disonssuivant les cas. Cest quen effet il y a lieu de tenir comptedes controverses possibles suivant les nuances despèces : laqualification de lieu solitaire dépend souvent des faits prati-ques ; il ny a rien dabsolu ; tout, au contraire, en pareilcas, est relatif et variable, selon lheure de labandon, selonles saisons, selon les circonstances, en un mot, de temps etdendroit; par exemple, une place, même publique, dans unvillage, la nuit,' pourrait parfaitement être jugée constituer unlieu solitaire, alors quen plein jour, ou pendant une fête, unmarché, elle serait certainement à toute heure un lieu nonsolitaire. Il faut admettre une marge fort large pour le pou-voir discrétionnaire du juge, daprès lajurisprudence la plusconstante. »

24. Que labandon se soit produit en un lieu solitaire ouen un lieu non solitaire, il convient denvisager les conséquen-ces. Comme première cause daggravation du fait simple, leprojet de la Chambre prévoyait le cas, par suite de laban-