HISTOIRE CONTEMPORAINE
247
D’autre part, la France avait joué en Europe, pen-dant les dix premières années de l’Empire, un rôle pré-pondérant. Elle avait été l’arbitre de la paix et de laguerre. Mais, à partir de 1860, l’Italie s’était unifiée etla Prusse démesurément agrandie. La France était me-nacée de perdre son rang de première puissance conti-nentale. Cette situation blessait l’orgueil national etappelait une revanche.
Enfin, la situation de Napoléon III devenait de jouren jour plus difficile. L’Empire subissait de rudes atta-ques de la part de l’opposition. Une campagne victo-rieuse devait raffermir sur son trône la dynastie chan-celante des Bonaparte.
Ainsi de part et d’autre on songeait à la guerre. Maistandis que la Prusse s’y préparait, depuis Sadowa, avecune persévérance calme et une méthode toute scienti-fique, les hommes d’Etat français, dans leur très grandemajorité, laissaient les choses au hasard, persuadésqu’au moment critique la supériorité des troupes im-périales, bien aguerries, disait-on, et pourvues d’unearme excellente, le chassepot, éclaterait quand même.Seuls quelques esprits clairvoyants 1 adjuraient l’Empe-reur d’être sur ses gardes et de réorganiser son armée.
Le prétexte de la guerre fut la candidature du princeLéopold de Hohenzollern à la couronne d’Espagne.Voyant l’opinion publique en France très excitée parcette affaire, Bismarck s’efforça d’en faire un casus belli.L’ambassadeur français Benedetti s’était rendu à Ems,auprès de Guillaume I er , et avait exigé qu’il interdîtà Léopold d’accepter la couronne d’Espagne. Le roirefusa. Toutefois le prince retirait volontairement sacandidature, et l’orage semblait dissipé. Mais la Francedemanda ensuite que le monarque prussien s’engageât,pour l’avenir, à ne plus autoriser une telle candidature.Après une première réponse négative, le roi refusa de
1 Parmi eux le général Stoffel, attaché militaire à Berlin.