NYMPHES ET MERVEILLEUSES. 23
appartement bas de plafond, on chantait quelquesariettes guerrières et on ne jurait que par « l’Evan-gile de la gendarmerie ». Chez Letourneur et Rew-bell, c’était pis encore : on y bâillait et on 11’y causaitpoint. Mais la France entière n’était pas à Paris,elle était représentée surtout au Palais Serbelloni àMilan et au château de Montebello, où une cour bril-lante se pressait pour rendre hommage à la sédui-sante Joséphine qui faisait par ses grâces non moinsde conquêtes que son illustre époux par son génie.
IV
Le vrai salon du Directoire, c’est la rue, c’est lePetit Coblentz, c’est Tivoli avec ses quarante arpentsde verdure, c’est Monceaux, c’est Idalie, c’est Biron,c’est l’Elysée, c’est même enfin la Butte Mont-martre, d’où montent tous les soirs dans la nuit dixfeux d’artifice qui secouent sur Paris leurs gerbesde pierreries, leurs paillettes d’or et d’émeraudes.La rue est l’éternelle fête, où défilent chaque nuit,se rendant à Feydeau et aux autres spectacles, lesbandes élégantes des agioteurs, des fournisseurs encompagnie de leurs folles maîtresses. L’été, le plaisirest sous la feuillée à Bagatelle, au Jardin de Virgi-nie, faubourg du Roule, au ci-devant hôtel Beaujon ;les aimables et les Merveilleux raffolent de ces en-