92 LA FRANÇAISE DU SIÈCLE,
grands luxes de celte Cour : on dédaignait d’y porterceux qui n’auraient coûté que cinquante louis, et onse vantait du prix qu’on avait mis à ceux qu’on s’ymontrait. »
La fureur des schalls de cachemire, de Perse etdu Levant, ainsi que tout le goût oriental qui domi-nait alors dans le monde des grandes coquettes, pro-venaient de l’expédition d’Egypte et des étoffes quenos vaisseaux avaient rapportées du Caire et d’autreslieux. Joséphine qui avait déjà, à son retour d’Italie,mis en vogue les modes antiques dans les parures etprincipalement pour les bandeaux en camées, lesbracelets et les pendeloques d’oreille devait êtreaussi la première à faire circuler les broderies orien-tales, les turbans tissés d’or et toutes les soieriesdes Indes. D’humeur oisive et paresseuse, n’ayantaucun goût pour la littérature, ne lisant jamais, écri-vant le moins possible, peu faite pour les travauxintellectuels, sa nature passive s’était entièrementdonnée aux jouissances de la toilette et à l’ornemen-tation de ses jardins et appartements. Elle fuyaitle théâtre et n’y allait guère qu’en compagnie del’Empereur; mais, sans sortir de son cercle, elleavait l’art de gaspiller l’or à pleines mains, au pointd’en irriter Bonaparte qui cependant calculait peu etne refusait rien à sa femme. La journée se passaiten toilettes diverses ; le soir, elle apportait plus derecherche et d’élégance encore dans la disposition