LES MODES SOÜS LA RESTAURATION. 145tour à tour sa robe brodée à jour, son chapeau degros de Naples, ombragé de marabouts fixés par unerose à cent feuilles, son pardessus écossais et sescothurnes de satin ; l’homme à bonne fortune, levainqueur des salons y racontait ses conquêtes pas-sées et ses projets futurs ; le banquier y marchandaitl’emploi de quelques heures de sa journée, et la pe-tite bourgeoise ambitieuse s’y glissait à la dérobéepour épier les secrets de la mode, afin de retournergaiement chez elle exploiter la faiblesse conj ugale etprélever tendrement un impôt sur les revenus incer-tains de son époux. — Toute femme sortait foulée,chiffonnée de cet encombrement du boulevard, tropheureuse encore si la moitié d’une garniture de roben’était pas enlevée au passage par l’éperon d’acierque le bon genre mettait aux talons de tous lesjeunes élégants, qu’ils fussent cavaliers ou non.
Du boulevard de Gand on se rendait chez Tor-toni qu’on venait de remettre à neuf et dont les sa-lons brillaient d’éclat sous leurs lambris blancs et or.Les femmes étaient accoutumées à entrer dans cecafé qui semblait leur être réservé ; on y voyait toutela jeunesse aimable de la capitale, et il était d’usagede passer là une heure à déguster lentement lepunch ou les sorbets en grignotant des gaufrettes.On déjeunait chez Tortoni mieux qu’au café An-glais, ou que chez Hardy, Gobillard et Yéfour. Onprenait des riens, des misères , des papillotes de
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