186 LA FRANÇAISE DU SIÈCLE.
La foule allait, venait grouillante derrière le rangdes chaises; on reconnaissait dans cette cohue letailleur ou la couturière, la modiste, la lingère oula brodeuse, le bottier et les femmes de chambre;tout un petit monde paré et endimanché qui venaitjuger de l’elîet des habits, des chapeaux, des robes,des rubans, des souliers fraîchement sortis de leursmains habiles et ingénieuses.
Quelques citadines numérotées circulaient pres-que honteusement dans cètte cohue immense quidébouchait de tous les côtés de Paris, foule rieuse,jalouse de plaire, moqueuse ou approbatrice, quisaluait au passage le fronton de la Madeleine etl’Obélisque que Louqsor venait de nous envoyer.Durant trois jours Longchamps triomphait ; on n’al-lait plus, comme autrefois, en pèlerinage jusqu’àl’antique abbaye qui avait donné son nom à cettep>romenade consacrée, on s’arrêtait au Bois et l’onrevenait à la queue leu leu des équipages, parmilesquels on remarquait particulièrement l’éternelcarrosse vert Guadalquivir de M. Aguado, tout par-semé de couronnes de marquis, chargé d’argentciselé et décoré de glaces, espèce de cage à ex votoqui aurait pu figurer dans une procession. On semontrait aussi les deux équipages de M. Schickler,le premier attelé en calèche tirée par quatre magni-fiques chevaux bai, montés par des jockeys dont lalivrée étincelait de broderies d’or; le second, une