LIONNES ET FASHIONABLES. 195
dresses infinies. Elle s’exaltait le cœur et l’espritdans les fictions les plus noires, et toute son esthé-tique consistait à paraître pâle, amenuisée par unesouffrance muette, immatérielle et diaphane; elleployait comme un roseau flexible au souffle del’amour, elle acceptait le sort qui faisait d’elle uneâme incomprise ; mais la révolte n’entrait point enses sens; elle se flétrissait doucement comme unefleur délicate meurtrie sur sa tige, espérant à peineune rosée de bonheur pour la vivifier ; elle demeu-rait dans des torpeurs sans fin, dans des alanguisse-ments sans cause, qui lui paraissaient exquis.
La Lionne réagit contre cette anémie de poitri-naire ; elle se montra rugissante, provocante et bon-dissante; elle agita sa crinière, fit saillir ses griffeset sa poitrine, et, avec le libre exercice de ses mus-cles, le sentiment de sa force, elle se lança dansl’arène parisienne. — Elle sut monter à cheval, à lafaçon arabe ; sabler le punch brûlant et le champagnefrappé, manier la cravache, tirer l’épée, le pistolet, fu-mer un cigare sans avoir.de vapeurs, tirer l’aviron aubesoin; ce fut l’enfant terrible de la fashion, et danstous les boute-selle de la vie, on la put voir alerte,fringante, intrépide, ne perdant point les étriers.
La Lionne, tout en prétendant au partage de lapuissance, ne rechercha ses franchises illimitées quedans les diverses pratiques de la vie fashionable ; ellesut rester femme au débotté et retirer ses éperons