200 LA FRANÇAISE DU SIÈCLE.
— Comment! perdre un cheval qui lui avait coûtédix mille francs, tu appelles cela du bonheur? —Dix mille francs, dis-tu? il lui en coûtait plus de centmille, et voilà bien ce qui fait qu’il a joué à qui perdgagne. M. de L*** était pour son cheval d’un amour-propre excessif et ridiculement opiniâtre ; il acceptaitet il provoquait sans cesse des paris énormes ; le che-val était toujours vaincu, mais ses défaites n’alté-raient en rien la bonne opinion que le vicomte avaitconçue de cette malheureuse bête, si bien que cetaveuglement lui a enlevé quatre ou cinq mille louisen moins d’un an. — Je ne le croyais pas assez richepour soutenir une aussi mauvaise chance. — Avez-vous entendu Mario, lundi dernier ?-il a chantécomme un ange. — Et le ballet nouveau? — Il seraitparfait si nous avions des danseurs; car de beauxdanseurs sont indispensables dans un ballet, quoiqu’en disent nos amis du Jockey’s Club, qui ne vou-draient voir que des femmes à l’Opéra. — M mo B...a-t-elle reparue? — Non, c’est un désespoir tenace;elle regrette le temps où les femmes abandonnéesallaient pleurer aux Carmélites ; mais nous n’avonsplus de couvents à cet usage, et c’est fâcheux, carrien n’est plus embarrassant qu’une douleur qu’ilfaut garder à domicile. — Pourquoi n’imite-t-ellepas M me d’A..., qui ne porte jamais que pendanttrois jours le deuil d’une trahison? — L’habitudeest si féconde en consolations ! —■ A propos de