LES PARISIENNES DU SECOND EMPIRE. 233
à distance produit à nos yeux une sorte d’ahurisse-ment prodigieux qui ne fera sans doute que s’accen-tuer et que devenir plus sensible au prochain siècle,à l’heure de la récapitulation des modes de cetemps. — Il serait difficile en effet de rencontrer destons de costumes plus heurtés, plus contraires auxlois de l’harmonie des couleurs que ceux qui furenten si grand honneur, il y a vingt-cinq ans, et dontnous voyons encore trop souvent des affreux spéci-mens accrochés dans les vitrines des marchandes àla toilette. Comment imaginer des violets aussi ren-versants, des roses aussi peu meurtris, des vertsplus brutalement crus, des marron , « dos de hanne-ton », plus brenneux, des gris plus sales, des jaunesoleil plus aveuglants? Toute cette tonalité de gra-vures d’Épinal faisait florès cependant ; on inventaitdes rouges solferino, marengo, sang de bœuf, ca-pables de congestionner tous les taureaux de laCamargue ou de l’Andalousie.
L’Impératrice Eugénie était devenue, aussitôtson avènement au trône, l’arbitre des variations ducostume ; dès le jour de son mariage à Notre-Dame,le 30 janvier 1853, elle sut imposer son goût à laFrance ; la robe qu’elle portait pour la cérémonie àl’église était de velours blanc uni, faite à longuequeue; la jupe toute recouverte de volants de magni-fique dentelle d’Alençon, le corsage à hasquines étaitcouvert sur le devant d’épis de diamants posés
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