LES PARISIENNES DU SECOND EMPIRE. 255
Les nuits de bal à l’ancien Opéra, toute la phy-sionomie particulière du boulevard des Italiens nousrevient en mémoire ; c’était une véritable cohue deClodoches, de nourrices, de bébés, de débardeurs,de chicards, poussant des cris inarticulés, des ho-quets convulsifs, s’interpellant, avec le bagou popu-laire, dans un tohu-bohu indescriptible, tandis quede toutes parts des pratiques de polichinelles cou-paient l’air d’un bruit strident et railleur. Les cafésflambaient, il y avait réellement un délire dans cettedescente de cour tille galante et populacière. Bref,du haut en bas de l’échelle, l’Empire s’amusait.
Dans les restaurants de nuit, tout brillants delumières, la fête continuait; c’était à chaque étageun bruit joyeux ; les pianos rendaient des sons pous-sifs qui se mêlaient aux rires, aux piétinements desdanses, aux chocs des assiettes empilées, aux chan-sons reprises en chœur, aux interpellations sansnombre. A l’aube, les tavernes vomissaient des no-ceurs et des tilles à visages défaits, tandis que leParis matinal montrait, dans la solitude grise, sale etdésolée du boulevard, les balayeurs à l’ouvrage oules chiffonniers, types disparus, lacérant les affichesdes spectacles de la veille.
La Parisienne du second Empire prendra, nousen sommes assuré, dans l’histoire de ce siècle untype très accusé et bien à part. Malgré le peu de re-cul que nous donnent encore les années, nous pou-