2Ô2
LA FRANÇAISE DU SIÈCLE.
ment encore sur nos cœurs, mais elle n’a plus lamême influence heureuse sur nos esprits, nos mœurset notre soeiété. — La vie facile des cercles, desclubs, des réunions de plaisir, où les hommes peu-vent fumer à loisir, causer sans gêne en termes court-vêtus et parfois complaisamment grossiers, nousa dérobés peu à peu à la bienfaisante intimité desfemmes. La politesse, dans le sens de la sociabilité,est morte, pour ainsi dire, en France; il existeencore des convenances, des ménagements qui ré-pondent à certaines tendances des caractères, àcertaines exigences des intérêts; mais la politesseaffinée, délicate, précieuse, toute faite d’affabilité,de prévenances, de petits soins, disparaît chaquejour davantage de notre petit monde égoïste et amé-ricanisé, où chacun songe à soi avec une préoccu-pation dominante.
Cette politesse d’autrefois à l’égard des femmesétait, ainsique la définissait Roqueplan, une scienceou plutôt un art composé de tact naturel et de sen-timents acquis, un agrément extérieur qui n’em-pruntait rien au mensonge ni' au déguisement, maisqui se glissait comme un intermédiaire moelleuxentre tous les contacts et toutes les rencontres ;c’était une grâce qui dépouillait la contradiction dece qu’elle avait de blessant, et la diversité des ca-ractères de ce qu’elle avait de trop personnel ; cettepolitesse de conciliation et de haute distinction ne