LES CONTEMPORAINES. 263
trouve plus aujourd’hui son emploi dans nos exis-tences fiévreuses et nos affrontements personnels.
Peut-être, dira-t-on, n’a-t-on plus le temps d’êtrepoli, d’envelopper ses phrases des formes de la bien-séance, de rechercher la périphrase, la métaphore,d’employer l’exorde et les précautions oratoires ;mais ce manque de politesse dans nos relationsmodernes est assurément la cause évidente et pri-mordiale de cette sorte de détraquement de notresociété et de cet état d’indépendance, de banalité delangage, d’allure bizarre, de névrose inconscientequi caractérise la femme contemporaine.
Elle se sent esseulée, la pauvre, démunie de toutce qui la faisait souveraine jadis; elle a quelquechose de ce mystère, de cette tristesse, de cettefroide banalité d’une église déserte d’où les saintssacrements et les sacrifices du culte sont bannis. —Déesse sans Olympe, elle cherche partout l’étincellede sa divinité, et, voyant qu’on a désappris le che-min de son temple, elle s’est lancée dans les extra-vagances du dehors, fouettant sa vie à l’exemple desmâles, se masculinisant même, s’efforçant de ne pluspenser, de ne plus rêver, de ne plus trôner, effarée,étourdie, donnant de la tête en tout lieu comme unelégère hirondelle soudainement privée de son nid.
Pendant les dix-huit années de la monarchie deJuillet, un nouveau monde social s’était formé etdéveloppé peu à peu; les romans de M ra0 Sand, de