L’intervention des Normands-Varègues auxquels on attribue la fondation politique du futurempire (IX e siècle) par la cohésion donnée successivement aux cités libres et aux petites ré-publiques à l’état embryonaire, n’a pas dû rester sans quelque influence sur le costume. LesVarègues ne représentant relativement qu’une faible force numérique, furent assez vite absor-bés par les Slaves mélangés, et la fusion devint plus complète par la conversion des Russes, àla fin du dixième siècle.
La Russie emprunta à Byzance non seulement sa religion, mais aussi toute sa civilisation.Le costume byzantin envahit d’abord la cour, puis il s’étendit aux classes élevées de la société.Au vêtement relativement court des hommes et ouvert depuis la ceinture, succéda la longuerobe byzantine fermée de partout et bordée de bandes d’étoffes de couleur. Les femmes mirentencore plus d’empressement que les hommes à suivre ce courant, qui fut cependant interrompuau milieu du treizième siècle par l’invasion mongole. Les hautes classes empruntèrent dèslors volontiers aux vainqueurs leur costume qui se mêla d’abord aux modes byzantines et finitpar les éliminer complètement sauf dans les vêtements des souverains. La robe close fut rem-placée par la robe mongole ouverte dans toute sa longueur, mais boutonnée sur la poitrine. Lemanteau sans manches céda le pas à un vêtement de dessus, qui était pourvu tantôt de manchescourtes et larges, tantôt de manches longues et assez étroites, etc., et souvent d’un col très largeet rabattu sur les épaules, ou bien tout droit, ou enfin formant capuchon. Le nouveau costumedura plus longtemps que le joug mongole qui finit assez tard dans le seizième siècle ; il persistaencore jusqu’au règne de Pierre le Grand, et se maintint même partiellement jusqu’à nos joursdans le peuple de certaines contrées.
A l’époque de l’émancipation politique de la Russie, au seizième siècle, dans le costume deshommes entraient les pièces suivantes : une chemise large et courte, avec petit col ; une piècetriangulaire, en soie rouge brodée, y était cousue entre les épaules ; chez les riches, les manches,le col et la poitrine étaient ornés de broderies en fils d’or ou de soie et garnis de perles ; le colétait fermé par deux boutons en or, en argent ou en perles ; — un pantalon, très ample maisserré à la taille par une cordelière et entrant dans les bottes à hautes tiges ; — un vêtementétroit, appelé le caftan, ne dépassant pas en général les genoux, avec des manches très longues,qu’en société on laissait pendre de façon à ce qu’elles couvrissent les mains ; — sur le caftan semettait h ferez (nom turc), long jusqu’aux mollets et même davantage, doublé habituellementd’une étoffe de coton, avec des manches bouffantes, larges dans le haut et étroites aux poignetsmais élargies aux extrémités. Dans ces deux vêtements il y avait des variétés de coupe, desorte que leur caractère ne saurait être déterminé avec précision. Les étoffes employées étaientla soie, le velours, le taffetas, le drap et les cotonnades ; on les enjolivait souvent avec des ru-bans et des broderies. Les cordons du cou servant à retenir l’habit étaient ornés de glands. Onattachait au ferez, au moyen des ronds métalliques ou autres enveloppés d’étoffe, et garnisquelquefois de pierreries, un col mobile, droit ou rabattu. Pour le dehors, on mettait encorepar-dessus un troisième vêtement, très ample, à manches longues, dont l’une couvrait habi-