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Tome VI.
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Le paysan étant dans tous les pays le moins sujet aux variations.de la mode, c’est doncdans les costumes populaires qu’il faut chercher les traditions primitives à cet égard, saufles modifications rationnelles résultant de la différence de conditions climatériques ou topogra-phiques et du développement du goût. Ainsi la robe à manches du Dace, longue jusqu’à lamoitié du tibia, est encore aujourd’hui l’habit du paysan en Pologne, en Bohême, en Moravie,en Lusace, sur les bords de l’Adriatique et sur le versant septentrional des Carpathes. Lachaussure, en tout point semblable à celle des Daces, de même que l’habit long et le bonnetconique, étaient en usage chez les païens Suèves dont la conversion est représentée dans TE-vangèliaire de la cathédrale de Bamberg, du onzième siècle (bibliothèque de Munich). Lespaysannes de l’Istrie s’habillent et se drapent la tête de la même manière que la femme dace,et les Lusaciennes des bords de la Sprée, aussi bien que les villageoises sur presque toutel’étendue de l’ancienne Pologne, suivent le même modèle.

En ce qui concerne le costume de cette dernière contrée, son histoire ne commence réel-lement qu’après l’introduction du christianisme au dixième siècle. Avec lui arrivèrent en Po-logne les influences féodales de l’Occident, et le régime démocratique fit place à une républi-que des nobles sous l’apparence des formes monarchiques. Dès lors le costume devint le signedistinctif de la noblesse. La Pologne, placée entre deux civilisations bien différentes, entrel’Occident chrétien de l’Europe et le monde arabe de l’Asie, dut forcément subir des influen-ces des deux côtés. Unie par la religion à l’Occident latin, elle en recevait les lumières et lacivilisation, contrairement aux Slaves méridionaux et orientaux inféodés à Byzance, tandis quede nombreuses voies commerciales et plus tard les guerres continuelles avec les Tatares etles Turcs la mettaient en relations fréquentes avec le monde asiatique. Inaccessible auxformes adoptées dans l’Occident, mais se pliant complaisamment aux modes orientales, le cos-tume national slave se ressentit fortement du contact avec le luxe et la splendeur desOrientaux, d’abord dans l’emploi des étoffes, ensuite dans la coupe et la nature des vêtements.

Les documents pour les costumes polonais aux dixième et onzième siècles se réduisent à bienpeu de chose. En revanche, la célèbre porte de bronze de la cathédrale de Gnezno, donnée àcette métropole de l’Eglise en Pologne par le roi Boleslas III en 1119, offre le recueille plus com-plet de costumes du douzième siècle. Cette porte, en effet, est couverte de bas-reliefs représentantla vie et le martyre de saint Adalbert, sous le règne de Boleslas le Grand, vers l’an 1000. Toutesles classes et tous les états y sont représentés, depuis le mendiant jusqu’au couple royal;depuis les hommes de guerre avec leurs grandes moustaches, leurs lances, leurs glaives et leursboucliers lamés de fer, jusqu’au clergé et aux femmes de diverses conditions.

Pendant tout le treizième siècle et une partie du quatorzième, la Pologne se développait dansl’esprit de ses traditions nationales. Le document le plus important pour cette période est unmanuscrit, dit la Légende de sainte Iledvige, commencé vers la fin du treizième siècle etachevé en 1353. On y voit représentées la cour du prince polonais Henri le Barbu à Breslau,époux de sainte Iledvige (mort en 1238), ainsi que des batailles avec les Tatares et des scènes