les ornementations slavonnes le moyen de suppléer sans trop de risques, à ce que la sculpturede la haute antiquité asiatique ne peut donner seule, c’est-à-dire, la nature même, la délica-tesse, la franchise de ton et l’harmonie puissante de parures usuelles remontant aux temps lesplus éloignés.
Quant à l’art des Slaves du sud, exercé par des mains populaires ,*il révèle un peuple douéde qualités exceptionnelles. Avoir su, sans sortir du cycle de leur tradition, sans rien em-prunter au dehors, constamment rajeunir avec une mesure parfaite, un goût sûr, un charmenouveau, de vieilles formules, c’est assurément une chose rare et digne de remarque. Cettefacilité à varier sans cesse un thème consacré rapproche des grandes facultés des Grecs lesheureuses facultés de l’humble paysan de la Slavie méridionale.
C’est dans les vêtements tapissés, les broderies en couleurs et en soie métallique, en pointde marque et autres, ainsi que dans leur orfèvrerie-joaillerie, que les traditions slaves pa-raissent appartenir à la plus haute antiquité. Quant aux dessins en applique, à l’aide debandes en ton tranché, l’origine en remonte à l’usage de recouvrir les coutures des vêtementsde peau. On ne les rencontre guère dans les monuments de haute antiquité.
La toile fine et très solide, que l’on rehausse de dessins coloriés en points de tapisserie etde chaînette, offre un des plus fins canevas de la terre. Les broderies sont toujours régulière-ment ordonnées. Le rayé simple, le mille-raies, le croisé, appelé communément à l’écossaise,dont on décore certaines soieries ou cotonnades, sont de vieilles formules asiatiques, em-ployées fréquemment pour les tabliers en Bulgarie et en Roumanie (voir pl. Turquie d’Eu-rope : la Coupe); on les trouve dans les peintures du Térence du Vatican, représentant lesBarbares.
Quant aux vêtements en tapisserie, notre n° 7, le costume de la paysanne de Malissor,parle de lui-même : il est difficile d’en rencontrer d’un plus beau caractère. On y compte,paraît-il, vingt-neuf pièces, ayant chacune une destination définie : le gmuchluk, ou corsagecolant; le dubliten, jupe raide, sans un pli; le tablier; le terba, sac à ouvrage ; les bas, mon-tant jusqu’à mi-cuisses, épais et forts. D’ordinaire, on n’y joint pas de chaussures, ces baschauds en tenant lieu. Enfin, la dernière pièce de ces tapisseries, faites toutes en laine depremier ohoix et ornées de dessins ou.vrâgés, est la ceinture frangée, maintenue par uneseconde ceinture en galon d’or, fermée par une boucle d’argent, finement travaillée. Lessequins de la coiffure, entremêlés de chaînettes, descendent jusqu’aux yeux. L’amplebachlik qui la couvre et tombe sur l’épaule est un châle brodé d’or. L ’oustrougha, le man-teau jeté sur l’épaule, est plus simple et frangé; il est agrafé par un tchaprass, formé depièces d’argent réunies par des plaques d’orfèvrerie épaisses en repoussé. Cette paysanne deMalissor est une de celles qui confectionnent chez elles des tapis pour la vente ; elle tientd’une main l’étui de ses ciseaux, de l’autre, son sac à ouvrage. C’est de ses propres mains quesont sorties toutes les pièces de son costume.