Band 
Tome VI.
JPEG-Download
 

La tenue de combat des fondateurs du genre, dont nous donnons quelques représentations,comparée aux costumes du quadrille contemporain, montre que, sans doute par suite de l’expé-rience acquise dans ces jeux dangereux où l’entrave la plus légère peut être une cause demort, on a de plus en plus tendu à l’adhérence du costume, en en^ retranchant toute partievolante ou lâche. La veste à épaulettes, largement ouverte, sans revers, ne conserve plus riende flottant ; la culotte est aussi collante que possible, la ceinture moins lâche est aussi moinsépaisse, la longue résille est remplacée par un chignon fixe; nos exemples n os 4 et 1, sont de 1778,époque à laquelle ils ont été gravés à Madrid. L’un est le fameux Joaquin Rodriguez, connuen Espagne sous le nom'de Costillares, à qui remonte l’invention de la plupart des suer tes oucoups d’épée usités depuis. L’autre, aux pieds duquel gît le taureau, a passé son épée dans samain gauche pour saluer le public de la droite, selon l’usage : c’est Pierre Romero. Le n° 2,dont le costume est de 1804, montre que la simplification avait marché rapidement. Ce torerotenant une montre à la main, probablement au sujet de quelque pari sur la durée de la mortdu taureau, est le pauvre Pepe Illo, dont Goya a représenté la fin affreuse. Il mourut sur laplaza de Madrid, à la suite de coups de cornes répétés. Il maniait la plume et avait écrit que« le spectacle du taureau fait la joie des enfants et la jubilation des vieillards; » audacieux,académique, il soutenait que son métier offrait peu de dangers. Le n° 3 offre l’exemple d’untorero, première épée, en costume de ville, de la fin du siècle dernier, d’après Bayen.

Venons au quadrille contemporain. Son entrée sur l’arêne est précédée par un ou deuxalguaciles, montés sur des chevaux noirs couverts de housses de velours cramoisi, et portantun costume entièrement noir, sans altération sensible de ce qu’il était au XVI e siècle. (Voirn° 6.) Chapeau à bords relevés avec large cocarde, surmonté d’une épaisse touffe de plumesaux couleurs des principales ganaâerias (troupeaux), représentées dans le combat du jour;fraise blanche empesée; justaucorps de velours serré par une ceinture de cuir; petit manteauflottant en drap; culotte courte en tricot de soie; bas de soie, souliers à boucles, parfois recou-verts de la longue guêtre de cuir noir. Ce cavalier a de grands éperons d’acier; agent del’autorité, participant de l’officier de police et de l’huissier, il porte une canne, emblème deson emploi, appelée vara de justice. Il figure d’ailleurs en tête de toutes les cérémonies publi-ques et, entre autres,'précède le cortège des condamnés à mort. C’est à l’alguacil que, selonle cérémonial, le président de la place, remet la clef du toril , et c’est lui qui donne cette clefornée d’un gros nœud de rubans au muchacho, en la laissant tomber dans le sombrero tenduvers lui. L’alguacil n’est pas combattant et doit quitter l’arène ; seulement la porte du torilétant immédiatement ouverte, la sortie de l’officier de justice a toujours lieu avec un peude hâte, ce qui lui vaut généralement une belle bordée de sifflets. Celui que représente notreplanche est appuyé sur l’enceinte en bois, peinte en couleur de sang, ayant quatre portes àdouble battant, qui renferme l’arène proprement dite. Le marchepied, qui des deux côtéssert à sauter par-dessus la muraille, y figure ; on voit la proportion de ces deux choses ré-glementaires.