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' HISTOIRE GÉNÉRALE
« mêla sa douce plainte aux chants harmonieux. Son usage naquit du« loisir des bergers, au sein des vastes solitudes et des sombres fo-« rèts (1). »
Entrée dans la voie de la civilisation, l’humanité, développant pro-gressivement le cercle de ses idées et les facultés de son imagination,a élevé les rudiments de la musique à la dignité d’art. L’histoire despremières combinaisons qui conduisirent à ce but se confond partoutavec la fable; car il en est ainsi de toutes choses dans l’antiquité.Au milieu de ces fables, une chose est digne de remarque, c’est que lamusique fut considérée comme un don si précieux fait à l’humanité,que plusieurs peuples de l’antiquité en attribuèrent aux dieux mêmesl’invention [voyez la note B de l’introduction).
On tomberait dans une eri'eur grave si l’on se persuadait, par unefausse interprétation de ce qui vient d’être dit, que tous les peuplessont arrivés aux mêmes résultats dans leur musique, ayant eu le mêmepoint de départ ; car, indépendamment dés différences physiologiquesqui se font remarquer dans la conformation des races, on comprendque l’éducation, les mœurs, et mille circonstances ignorées, ont pufaire produire par la voix humaine des séries diverses de sons, accou-tumer l’oreille à de certaines successions et non à d’autres, et consé-quemment donner naissance à des conceptions musicales plus oumoins divergentes entre elles. Or, c’est précisément ce qui est ar-rivé, ainsi que cela sera démontré dans le cours de cette histoire. Enl’état actuel des choses, nous avons la preuve que plusieurs nationsplacent les intonations des sons à des intervalles qui blessent l’oreilledes autres peuples, et qu’il en est d’autres qui, ayant des intonationsidentiques, les disposent différemment dans leurs gammes, d’où ré-sultent des impressions sans analogie ; que, chez certains peuples, lerhythme de la musique est soumis à l’accentuation de la langue, et
(1) At liquidas avium voces imitarier ore
Ante fuit multo, quant lævia carmina canluConcelebrare homines possent, auresque juvare;
Et Zephyri cava per calamorum sibila primumAgrestes jlocuere cavas inflare ciçutas.
Inde minutatim dulces didicere querelas,
Tibia quas fundit digitis pulsata canentum,
Aviaper nemora, ac sylvas saltusque reperta;
Per ioca pastorum déserta, atque otia dia,
(De Rerum natura , lib. V.)