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Tome premier.
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DE LA MUSIQUE.

A la fin du huitième siècle, le génie de Charlemagne oppose unebarrière aux progrès de la barbarie, ranime le goût des études, éta-blit des écoles dans toute l’étendue de son colossal empire, fait re-cueillir les chants nationaux, pour en former une histoire popu-laire (1), essaie de modifier le rude chant ecclésiastique des Gaulespar les traditions orientales conservées à Rome, et fonde un ensei-gnement spécial pour cet objet. L’impulsion qu’il a donnée porte sesfruits dans le neuvième siècle : un retour de la civilisation sembles’opérer. La biographie de Charlemagne par Éginliard, la Chro-nique du moine de Saint-Gall, les mémoires de Nitliard et de Thégan,sont un commencement d’histoire; la poésie latine jette quelqueslueurs de sentiment énergique, particulièrement dans une com-plainte sur la bataille de Fontanet, où 80,000 hommes périrentpour soutenir les droits des fils de Louis le Débonnaire, armés lesuns contre les autres. La mélodie de cette complainte est un des plusremarquables monuments du chant populaire à cette époque. Lesarts renaissent et prennent une direction nouvelle. L’architecturebyzantine pénètre en Allemagne, en Italie, en France, et se CQmbineavec le style romain. La musique éprouve les effets de l'introduc-tion de l’orgue en France, et les agrégations de sons en deviennentune partie essentielle sous le nom d 'organum.

Malheureusement, rien ne fut moins favorable aux progrès de lacivilisation et des arts que l’époque comprise entre la déposition deCharles le Gros (887) et l’avénement de Hugues Capet, chef de lati’oisième dynastie des rois de France (987), c’est-à-dire le tristedixième siècle. Partout la dévastation et la guerre, les invasions desNormands, Sarrasins, Bulgares et Magyars, la dissolution de l’em-pire carlovingien, la violence et la dépravation chez les papes, quise succèdent avec rapidité par l’influence des courtisanes ; l’igno-rance et la lubricité des prêtres et des moines; le découragement etla misère des peuples. Pour se défendre contre les attaques des bar-bares, les seigneurs bâtissent des châteaux sur des rochers inacces-sibles. Plus tard, ces forteresses servent à consommer l’asservisse-ment des populations : c’est le commencement de l’organisationféodale. Dans ce siècle déplorable, où l’intelligence et les bons sen-

ti) Une partie de ces chants se trouve dans la Niebelungenlied. Consulter la grande édition<ïe Breslau (1820 et an. suiv.), particulièrement Thistoire de ces, poèmes au tome premier.