DE LA MUSIQUE.
12ô
folies. Après la messe, ils couraient, sautaient, dansaient dans l’égliseet se livraient aux plus grossiers désordres. Ensuite ils se faisaienttraîner par la ville dans des tombereaux, s’arrêtaient dans les carre-fours et dans les places où ils se donnaient en spectacle au peuple,faisant des mouvements et des gestes lascifs et prononçant des pa-roles impudiques. Les plus libertins des villes se mêlaient parmi leclergé pour représenter des fous en habits de prêtres, de moineset de religieuses (1).
Il existe à la bibliothèque nationale de Paris, sous le numéro 1351,un manuscrit qui a pour titre : Officium slullorum ad usum melropoleosac primalialis ecclesiæ Senonensis. Cet office, dit des fous , est entiè-rement noté : c’est une copie, faite vers la fin du dix-septième siècle,d’après un manuscrit du treizième, lequel se trouve dans la biblio-thèque de la ville de Sens. Il contient un office composé par l’arche-vêque de cette ville, Pierre de Corbeil, pour la fête de la Circon-cision, qui se célèbre le premier janvier; or, la fête des fous avaitprécisément lieu le même jour dans beaucoup d’églises : cette coïn-cidence a causé l’erreur de l’auteur de la copie qui est à la biblio-thèque de Paris et lui a fait donner à l’œuvre de Pierre de Corbeil letitre d 'Officium stultorum. On ne connaît pas, jusqu’au moment oùceci est écrit, le chant dont on faisait usage pour la fête des fous, sitoutefois il y en avait un : il n’existe pas d’office pour le jour de laCirconcision dans les manuscrits anciens : notre missel de saint Hu-bert, qui est du onzième siècle et nos graduels des dixième, treizièmeet quinzième n’ont rien pour ce jour qui ne s’y trouve pas mêmeindiqué. Les graduels modernes renvoient à la messe du jour de Noëlpour cette fête : Y Alléluia seul est particulier. Cette absence de chant,dans les anciens livres, pour la fête de la Circoncision prouve quel’office composé par Pierre de Corbeil, mort en 1222, n’a jamais
(l).divini officii tempore larvatos, monstruosos vultibus aut in vestibus mulierum, aut
îenonum, vel histrionum, choreas ducere in clioro ; eantilenas iiihonestas cantare, offas pin-gues supra cornu altaris juxta calebrantem missam comedere ; ludum taxillorum ibidem exa-rare; thurificaredefumo fætido ex corio veterum sotuiarium, et per totam ecclesiam currere,saltare turpidinem suam non erubescere ; ac deinde per viîlam ettheatra incurribus et vehiculissordidis duci ad iufamia spectacula, per risu astantium et concurrentium turpes gesticulationessui corporis faciendo, et verba impudicissima ac scurrilia proferendo; et sic de multis aliisabominationibus, quarum pudet reminisci, et recitare korret animus : quæ taraeu ut fidelirelatione accepimus, hoc in anno in multis locis factæ sunt. — F.pist. facult. theol.Pans , anno 1444, 12 martii. Vid. Pétri Blesensis Opéra omnia Parisiis 16G7, p. 783.