DE LA MUSIQUE.
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CHAPITRE SIXIÈME.
LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE DU MOYEN AGE, DEPUIS LE DOUZIÈME SIÈCLEJUSQU’A LA RENAISSANCE.
Deux sources de renseignements s’offrent à l’historien pour laconnaissance des instruments du moyen âge, à savoir les passagesdes poètes contemporains qui en ont parlé et les représentationspeintes ou sculptées qu’on en trouve dans les manuscrits et dans lestableaux anciens d’une part, et d’autre part- dans des monumentsde l’art plastique plus ou moins bien conservés, ainsi que dans lesdébris de ceux que le temps ou la main de l’homme ont dégradés.Bien que fort utiles pour l’histoire de l’époque dont il s’agit, cessources ne doivent pas inspirer à l’historien une confiance sans ré-serve. Les motifs de la prudence commandée à ce sujet sont de plu-sieurs sortes : d’abord les noms des choses comme ceux des hommesn’avaient pas d’orthographe invariablement déterminée au moyenâge ; à chaque instant on voit le même mot écrit de manières si diffé-rentes par le même poète, et ceux des instruments sont quelquefoisaltérés à ce point, qu’on serait tenté de croire que cette diversité deformes indique des organes sonores qui n’ont pas d’analogie entreeux, tandis qu’il s’agit d’un seul et même objet. Souvent aussi lespoètes mêlent, dans leurs énumérations, des instruments de toutgenre, de sorte qu’on ne sait si tel nom désigne un instrument àcordes ou à vent. Pour donner un exemple de ce désordre, nous ci-terons un passage souvent rapporté d’un poème intitulé le Tempspaslour, dont l’auteur est Guillaume de Machau ou de Machaut, poèteet musicien du quatorzième siècle :
Mais qui véist après mangierVénir menestreux sans dangier,
Pignez et mis en pure corps.
Là furent meints divers acors,
Car je vis là tout en un cerne,
Viole, rubebe, guiterne,
L’enmorache, le micamon,
Citole et le psaltérion ;
Harpes, tabours, trompes, nacaires,
Orgues, cornes plus de dix paires ;