HISTOIRE GÉNÉRALE
ISO
Cornemuses, flajos et chevrettes,
Douceines, simbales, clochettes,
Tymbre, la flauste brehaingneEt le grand cornet d’Allemaingne,
Flajos de Saus, fistule, pipe,
Muse d'Aussay, trompe petite,
Buisines, èles, monocordeOù il n’y a qu’une seule corde,
Et muse de blet, tout ensamble ;
Et certainement il me sambleQu’oncques mais tele mélodieNe fut oncques véue ne oye.
Car chascuns d’eux (I) selonc l’acortDe son instrument sans descort,
Viole (2), guiterne, citole,
Harpe, trompe, corne, flajole,
Pipe, souffle, muse, naquaire,
Taboure, et quanque on peut faire,
De dois, de pennes et de l’archet,
Ois et vis en ce parchet.
Dans un poème sur la Prise d’Alexandrie (3), le même auteur faitaussi l’énumération d’une grande quantité d’instruments parmi les-quels on en remarque plusieurs qui ne sont pas mentionnés dans lesvers qu’on vient de lire , tandis que les noms de certains autres sontautrement orthographiés. 11 nous parait utile de donner ici ce textequi démontre l’exactitude de ce que nous avons dit, au commen-cement de ce chapitre, concernant la liberté que prennent les poè-tes du moyen âge dans la forme des noms d’instruments.
Là avoit de tous instrumens ;
Et s’aucuns me disoit : Tu meus,
Je vous dirai les propres nomsQu’ils avoient et les seurnoms,
Au moins ceuls dont j’ai connoissanceSe faire le puis sans ventance ;
Et de tous les instrumens le royDirai le premier, si comme je croi :
(1) Chacun des musiciens.
(2) Le poëte ici conjugue tous les mots, comme violer, guiterner, citoler, etc.
(3) Manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, fonds de La Vallière, n° 25, vol. II,fol. C, verso.