DK LA MUSIQUE.
263
se passionner. Eh bien, rien de tout cela ne préoccupe les faiseursde déchants, ni les auteurs cjui enseignent les règles de cet artbarbare : ils semblent vivre à part dans un autre monde. La forma-tion d’un chant est une composition où la fantaisie a sa part, maisoù il entre aussi de certaines considérations de rhythme, de cor-respondances de nombres dans les phrases et du retour de quelques-unes de celles-ci. De tout cela, pas un mot dans les traités demusique de l’époque du déchant, par la raison que le déchanteur necompose pas; il se borne à arranger des triples et des quadruplesavec des airs populaires et des chants de l’église, les ajustant ensemblede manière à produire les effets dont nous avons parlé dans notreanalyse.
La musique barbare appelée déchant plaisait sans doute au publicqui en était contemporain, cette condition étant indispensable àl’existence d’une musique quelconque : ces associations et ces succes-sions de sons simultanés qui révoltent notre sens musical avaientdonc du charme pour les oreilles du moyen âge. Qu’en faut-il con-clure, si ce n’est, comme nous l’avons fait voir ailleurs par desexemples, qu’il n’est chose si dure, si désagréable, à quoi ne puisses’accoutumer l’ouïe dont l’éducation n’est pas faite? Nous avons luquelque part qu’un homme, ayant fait la fondation d’une messe so-lennelle, avait écrit, dans ses dispositions pour ce sujet : me seraitgrande liesse si pouvait être déchanlêe. Nul doute donc, on aimait àentendre le déchant dans l’église ; tout porte à croire qu’il en étaitde même pour le déchant mondain : mais le goût qu’on en avait,lorsqu’on ne connaissait point d’autre musique, ne prouve rien ensa faveur.
§ NI-
les DIVERSES FORMES DE DÉCIIAN'T.
Le nom d'organum avait été conservé, dans le treizième siècle, audédiant destiné au service de l’Église : les définitions qu’en donnentles anciens auteurs, notamment Francon et Walter Odington, n’enexpliquent pas suffisamment le mode de construction ; mais lesexemples qu’on en a dans le manuscrit de Montpellier dont M. deCoussemaker a publié une partie avec les traductions qu’il en a faites