CAB 285
prêts, Iorfque leurs enfans font malades, à croire vraisles miracles dent fe vantent les gens qui en font lemoins. Pour revenir aux cabinets de tableaux & à ceuxqui en tirent vanité , leur relation avec le charlatanifmeconfifte , en ce que , d’une part, l’on trouve dans plusd’une colleéiion moderne des tableaux apprêtés , repeints ,déguifés , parés pour les faire croire meilleurs qu’ils ne,font ; & d’autre part, de ce que les poffeffeurs , dans leur*éloges exagérés , parlent trop Peuvent le langage dontnous rions , Iorfque par hafard nous l’entendons dans lesplaces publiques.
L’influence qu’a le charlatanifme des cabinets fur legoût national, n’eft pas difficile à appercevoir. Première-ment , ces colleélions, compofées fans connoiflânce , &par prétention , font peu utiles aux Artiftes confommés ;fecondement, elles trompent ceux qui manquent de lu-mières. Les colleélions de cette efpèce ne font donc bienréellement favorables qu’à l’intérêt des Marchands qui yfont paffer fucceffivement un grand nombre de tableauxdont ils tirent parti, & à la vanité des pofleffeurs, quifont portés à rendre leurs colleélions d’autant plus richesen nombre , qu’ils le font moins eux-mêmes en connoif-fances.
Si les cabinets étoient formés comme ils devroientl’être , ils réuniroient, par rapport aux Arts & au goût,les avantages infiniment précieux dont quelques-uns jouifffent à jufle titre ; car rien n’eft plus capable de donnerdes idées des genres, des manières, du mérite des diffé-rens Maîtres , & par conféquent de l’Art en lui-même ,que de pouvoir, fans fortir du même lieu , comparer ungrand nombre de chefs-d’œuvr„es ; d’ailleurs rien de plusavantageux pour la confervation de ces chefs-d’œuvres,