EAU 3
les ébauches d’eftampes qui doivent être enfuite ter-minées au burin ; telles font, en général, les eaux-forces des graveurs.
On fent que, parleur différente deftination, ellesexigent des travaux d’qfpèce différente. Le peintre nefe propofant pas de revenir fur fon ouvrage, doit yétablir tous les travaux néceffaires pour produire l’effetqu’il a dans la penfée. Le graveur qui travaillera denouveau fon cuivre , n’y établit que les premiers tra-vaux , & les laiffe bien loin de l’effet que produira laplanche terminée. Veau-forte du peintre peut donc avoirun effet très-piquant ; celle du graveur n’a d’ordinairequ’un effet grisâtre, fade & blafard. Le peintre,n ayant pas deffein de repaffer fur les opérations de fapointe avec un inftrument plus inflexible, fe permettous les travaux que fon goût lui inlpire , il fait jouerà fon gré fur le vernis une pointe libertine , il épargne,il mélange , il prodigue les travaux : il en établit qu’ilprévoit bien qui feront confondus & crevés par l’eau-forte, Se fe promet d’avance , de ces accidens, deseffets piquans & pittorefques. Cette heureufe audaceeft interdite au graveur : en opérant avec la pointe,il eft occupé des opérations qu’il doit faire dans lafuite avec le burin ; il ne permet guère à fa pointede tracer un chemin que fon burin ne pourra fuivre ;on fent qu’il n’ufe de fa liberté actuelle qu’avec lefentiment de fon efclavage futur. Veau -forte dupeintre fera donc libre , ragoûtante, fpirituelle ; l’eau-forte du graveur fera froide , fervUe & peinée.
Ce que nous venons de dire ne doit pas être pristrop généralement. Il y a des eaux-fortes de peintresqui ont peu de mérite, même dans la partie du deffin ,
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