G Ê N" 40/
ÏI difent bien que tel auteur a ou n’a pas ie g'nie-,jnais ils ne définiffent jamais en quoi le génie confifte.
Cependant, en raffemblant les jugemsns qu’cn entendporter chaque jour, quoiqu’ils ne foient prefque jamais, motivés, on peut inférer qu’on accorde affez générale-ment le nom de génie à trois qualités d ; e l’efprrr, quipeuvent en effet être regardées comme les plus émi-nentes.
ta première efl cette qualité par laquelle i’efprufe repréfente fi fortement toutes les images qui l’oc-cupent, qu’elles lui font réellement préfentes, 8c queles peignant par la parole, il les rend préfentes auxleéietirs ou aux auditeurs.
La fécondé eft cette fenfibilité exquifc-par laquelle'un écrivain eft agité de tous les fentimens que peutinfpirer fonfujet, trouve farr-s la chercher, leur vér-table expreflion , 8c par elle, les fait paffer dans toutesles âmes capables de fentir.
La troifième eft une vue à la fois étendue & pro-fonde , par laquelle un écrivain , apperçok d’un coupd’œil les rapports de caufes & d’effets.qui lient entr’euxdes objets que des efprits moins, pénétrans & moinsvaftes n’appercevroient que féparés, généralife ce que lecommun des hommes ne voit qu’en détail, & trouveune chaîne commune à ce qui femble le plus dm Le.
L’imagination, la fenfibilité, la profondeur, tellesque nous venons de les définir, conflituent donc le' génie. Même féparées, mais portées à un haut d'égré,elles peuvent mériter ce nom; réunies, elle formentle génie le plus heureux. Le travail ne peut les ac-quérir, le talent ne peut les imiter,, l’èfprit même,
c ci;j