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grands maîtres, fans avoir d’autre bafe de leur jugementque l’extrême fineffe de pinceau qu’ils poffedcicnt tousdeux , & que tous deux regardoient fans doute , commeune partie très-importante de l’art.
Que devons-nous inférer de ce fait ? Que du tempsd’Apelles & de Protogenes, on faifoit autant de casde la fineffe du pinceau , qu’on en eftime aujourd’huila largeur ; que les peintres de cet âge, qui poffédoientfans doute les grandes parties de l’art, qui leur étoientcommunes avec les fculpteurs, étoient fecs , durs &mefquins dans la partie du métier , & qu’enfin leur ma-nœuvre devoit avoir beaucoup de rapport avec cellede nos peintres gothiques. C’étoit avec le pinceau leplus fin , c’étoit avec les traits les plus fubtils , qu’ilsrendoient certaines parties que, depuis la perfeéliondu métier, on exprime bien mieux par maffes ou partouches. Audi ne trouve-t on dans Pline aucune expref-fion qui réponde à celle qu’cmployent les Hifloriensde l’art moderne en Italie , lorfqu’ils appellent unebarbe bien peinte unabella macchia , ( une belle tache),Jamais dans Pline, on ne trouve aucun terme quiréponde à celui de largeur de pinceau, de faire large,de large exécution -, & lorfqu'il loue des Peintres pouravoir bien rendu les cheveux & les poils, je ne feroispas éloigné de croire qu’il entend que ces peintresrendoient toute la fineffe des cheveux , & que , d’unpinceau fubtil , ils en comptoient en quelque fortetous les poils. Les contemporains d’Apelles étoient doncgrands de defiîn & d’expreflion , mais petits d’exé-cution. C’eft ce que prouve le terme de fept annéesentières qu’employa Protogenes à faire un tableaud ? une feule figure. Il eft vrai qu’Apelles lui reprochoit
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