2C)8 P E I
les lettres des princes, les vers des poëtes, les écrits*des favans qui euffent pu flatter tout artifte qui au-roit eu moins de fierté que de vanité. Il n’avoit queles meubles les plus nécefl'aires ; il difoit que ceuxqui le vifitoient, venoient voir des tableaux & nonde rich.es ameublemens.
Il tràvailloit avec décence , & même avec uneforte de majefté, très-fouvent couvert d’un riche man-teau qu’il replioit autour de l’on bras gauche, tou-jours fervi par des éleves qui lui compofoient uneforte de cour. Il en réunit plus de deux cents dansfon école, 8c ils fe dil'putoient entr’eux l’honneur defervir le maître.
Mais cet artifte fi fier fe laiffa dégrader lui-même& fon talent par là palfion du jeu. Il rifquoit en unefeule nuit des fommes qui auroient fait la fortunedes Carraches., Longtemps plus riche que la plupartde ceux qui employoient fon pinceau , il fe vit réduità connoître la mifère , 8c fouvent il envoya vendrefurtivement à vil prix, pour jouer ou pour fubüfter,des ouvrages dont il auroit publiquement refuCe desfommes confidérables. Il terminoit à la hâte des ta-bleaux, que fon nom faifoit acheter, & qui étoientindignes de ce nom, dégradant ainfi l’arc qui lui avoitété û cher, qu’il avoit tant relpefté. Enfin accablé dedettes , ne trouvant plus de fecours dans la bourfede fes amis, fatigué, pourfuivi par fes créanciers, iltomba dans un noir chagrin qui lui altéra le fang,& mourut d’une fievre maligne en 164a , à l’âge defoixante & fept ans. Les Italiens difent dé lui que« la grâce & la beauté étoient au bout des doigts du» Guide, & qu’elles en fortirent pour aller le repofef