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L’ORNEMENT DES TISSUS
cultivé, les cotonnades indiennes étaient connues dans ce pays ; il s’en faisait un grandcommerce. Les navigateurs arabes allaient les chercher à Barigatza, au nord de lamoderne Bombay ('), et les apportaient au port d’Adulé sur la mer Rouge. C’est làque les Egyptiens se rendaient pour en trafiquer. Le coton venu par cette voie servaità confectionner « les ceintures à raies bleues avec un effilé, les toiles ouvrées, les« toiles à liteaux, les peluches et les demi-velours, » que les savants attachés àl’expédition d’Egypte trouvèrent dans les hypogées et qui servaient à ensevelir cesmomies enveloppées de bandelettes de coton , dont nos musées nous offrent tant decurieux spécimens.
Il est donc avéré que les Egyptiens n’employaient pour leurs tissus que le lin etle coton. Pline, dont le témoignage est si souvent invoqué, ne mentionne pas d’autresproductions (Hist. nat. Lib. XIX, cap. n, m, iv, v, vi). Le coton était la matière sacréeréservée pour les vêtements des prêtres et pour les sépultures. Le lin était plusparticulièrement employé aux choses mondaines et de fantaisie. Hérodote parle decuirasses de lin pour la confection desquelles on avait employé des fils d’une finessemerveilleuse ; et Denon, dans son Voyage en Égypte , nous dit à propos d’une tuniquetrouvée àThèbes, dans un sarcophage, et qu’il a eu la bonne fortune de voir, quelleest composée « d’un tissu lâche dont le fil est excessivement fin ; le fil à faire de la« dentelle n’est pas plus délié ; il est plus mince qu’un cheveu, retors et composé de« deux brins, ce qui suppose ou une adresse inouïe dans la filature à la main, ou des«■ machines perfectionnées. »
Les produits sortis des manufactures égyptiennes étaient préparés, on le voit,de manière à satisfaire le goût le plus délicat, et les ouvriers d’alors n’ont certainementpas été dépassés. Nous ne saurions mieux faire pour donner une idée du soin et de lasurveillance qui présidaient à la fabrication, que de pénétrer un instant avec noslecteurs dans une fabrique de lin. Il nous suffira pour cela de déchiffrer avecM. Maspero, le papyrus, n° yçjo, du Musée du Louvre. Ce papyrus n’est autrechose qu’une lettre par laquelle « le scribe Ah-Mès se plaint, au Directeur de la« manufacture Taï, qu’on lui ait enlevé une de ses ouvrières pour la donner à un« autre chef d’atelier; il demande qu’on la lui rende. Ce changement avait été fait« sur les instances de la mère de la jeune ouvrière, qui accusait A h-Mès de retenir sa« fille auprès de lui comme simple apprentie, de garder son ouvrage et se l’approprier,« bien quelle fût passée maîtresse en son métier ; A h-Mès , au contraire, proteste« de son innocence et soutient que l’apprentie ne sait pas encore son état... » La finde la lettre manque entièrement.
Ce petit document, quelqu’incomplet qu’il soit, a le mérite de nous transporterdans un véritable atelier et de nous initier aux mœurs ouvrières de l’ancienne Égypte.Chaque manufacture était placée sous la surveillance d’un chef des tissus ou destisserands qui avait sous ses ordres quelques scribes, chefs d’atelier ou contre - maîtres ;ces contre - maîtres avaient la surveillance d’un certain nombre d’ouvriers et surtoutd’ouvrières ; car, malgré le témoignage d’Hérodote, il est démontré que les femmess’occupaient plus spécialement de ce genre de travail.
(1) L’industrie de la soie n’avait pas dépassé l’Himalaya.