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L 'ornement des tissus : recueil historique et pratique / par M. Dupont-Auberville avec des notes explicatives et une introduction générale ; ouvrage édité sous la direction de M. Bachelin-Deflorenne
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INTRODUCTION GÉNÉRALE

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A chaque atelier étaient attachées des apprenties dont louvrage, trop imparfaitpour être livré au commerce, nétait pas payé. Il semble que le temps de lapprentissagenait pas eu une durée réglementaire , sans cela la plainte de la mère de notreouvrière naurait pas eu de raison dêtre. Il nous paraît aussi que le chef dateliera vu dans ce silence de la loi, au sujet de lapprentissage, un prétexte à fraudes et àprévarications. La jeune apprentie est déjà passée maîtresse , nous dit le curieuxdocument, pourquoi ne pas lui solder le prix du travail auquel elle a droit ? On voitquil manquait alors à lEgypte un tribunal de prudhommes et que les contratsny étaient pas toujours strictement exécutés.

Après nous être introduits, grâce à lindiscrétion du papyrus en question, dansune manufacture égyptienne, jetons un coup dœil sur le mouvement industriel etcommercial de ces temps éloignés au point de vue de lobjet qui nous intéresse.

On est émerveillé de voir lactivité et la prospérité qui unissaient alors tous lespeuples de lAsie occidentale. LEgypte apparaît avec ses tissus brodés ; lInde avecses mousselines et ses matières tinctoriales ; la Babylonie avec ses riches étoffes ;la Phénicie avec sa pourpre. Cest à Babylone, quEzéchiel nomme la ville dunégoce, quarrivent toutes les caravanes qui sillonnent la Perse, la Médie et tousles pays que traverse lIndus. Les Arabes et les Phéniciens lui apportent par le golfePersique et lEuphrate les produits de lArabie et de lInde méridionale ; Tyr (la Reinedes mers) lui envoie aussi les riches marchandises quelle reçoit du Midi par les caravaneségyptiennes, et du Nord par celles qui ont parcouru les contrées caucasiennes, laCappadoce et lAsie Mineure. Laisser en dehors de ces relations commerciales la Chine,si richement dotée elle-même, est chose difficile ; on se défend mal contre laprédisposition de placer auprès des tissus de laine, de lin, de coton, apportés dansce vaste marché babylonien, les riches tissus de soie du Céleste Empire ; il fautpourtant se résoudre pendant longtemps encore à laisser la Chine dans son isolementégoïste. La soie, nous le répétons encore, malgré ce quont pu dire les traducteursde la Bible, et Saint-Jérôme avec eux, était inconnue à ces peuples industrieux.Le mot hébreu Bus , traduit par le mot sericum, soie, et qui a donné lieu à tant decontroverses, nest, daprès lopinion de tous les orientalistes, que le mot Byssus, lin,bien que plus tard les Latins aient désigné par ce mot une espèce de soie qui leurétait particulière, et dun jaune doré.

Les Grecs, qui procédaient des Egyptiens et qui allaient sinstruire à leurssavantes écoles, rapportèrent dEgypte lart de fabriquer les tissus ainsi que lusagedu papier (BiSXsç) employé en Égypte, dès 1872 avant lère vulgaire. Il passa chez lesGrecs 8 ou 900 ans plus tard ('); on peut dire que lart de tisser fut transmis enGrèce vers cette même époque.

Athènes faisait déjà alors une grande consommation de matières textiles, etnous savons quil y avait un marché considérable pour le commerce des laineset du lin. Lornementation des tissus sinspira des œuvres des grands artistes dont laGrèce semblait être le berceau, et des dessins dun goût exquis se répandirent surles étoffes qui se fabriquaient à Athènes et dans les principales villes de lArchipel.

(1) On nommait Biblus chez les Romains lérorce du jonc qui servait à faire le papier.