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L’ORNEMENT DES TISSUS
Les expéditions de leurs généraux dans l’Inde, en Perse et surtout chez les Mèdes,ne furent pas sans résultats pour l’art de l’ornement du tissu. La pourpre et l’orqui étincelaient sur les vêtements aux couleurs éclatantes de ces peuples qu’ilscombattaient, leur en firent envier les dépouilles, et l’habillement des vainqueurségala bientôt en richesse, s’il ne le surpassa, celui des guerriers qu’ils venaientde soumettre.
Les Romains héritèrent, à leur tour, de la civilisation des Egyptiens, des Hellèneset de toutes les nations avec lesquelles ils avaient été en communion plus ou moinsdirecte, ils apprirent d’elles à fabriquer les tissus. La République avait imité lesCarthaginois et les Grecs ; les Antonins et les Syriens avaient eu l’Égypte
pour modèle ; l’Empire monarchique reproduisit la Perse, dont il emprunta lesmodes et les arts. Rien ne coûta aux Romains, dans la suite, pour égaler leurs maîtreset même pour les surpasser ; ils firent venir de Phrygie, des ouvriers (Plumarii)dont l’art consistait à représenter sur la toile avec l’aiguille toutes sortes de figureset surtout des oiseaux avec la variété des couleurs de leurs plumages. Les fils d’or
et d’argent n’étaient pas épargnés pour rehausser l’éclat de pareils tissus dont le
travail exquis était universellement admiré. On appela dès lors ces ouvriers
Phrygiones , du nom de leur nationalité.
Les Romains n’étaient pas artistes, ils ne comprenaient pas la dignité de l’art; quelqu’il fût, la pratique en était rangée par eux parmi les professions serviles et laisséeaux étrangers. Les artistes libres et honorés dans la Grèce étaient à Rome esclaves ouaffranchis ; de là, une différence marquée dans les œuvres d’art. Il sembleraitpourtant qu’il y eut exception pour les Phrygiones ; ils eurent pour eux des préférencesqui s’expliquent par la coquetterie et le goût du luxe qui, chez les dames romaines,allait toujours en augmentant.
Devons - nous ajouter que les Romains imaginèrent des travaux précurseurs de ladentelle; le Scutulata vestis, que portaient à Rome les gens de condition, était une espècede toge faite d’une étoffe « dont les bords étaient tissés en manière de petits réseaux«■ joints les uns aux autres et sur laquelle on les brodait à l’aiguille. »
Ovide nous apprend que Lucrèce ne dédaignait pas ce genre de travail. Riende plus charmant que la peinture qu’il nous fait de l’illustre Romaine travaillant *au milieu de ses esclaves à une Lacerna , sorte de vêtement qu’elle faisait pour sonmari. On doit pourtant supposer qu’elle se réservait la partie brodée, la portiondélicate du travail, pars scutulata ; les esclaves devaient se partager la tâche laplus grossière de l’œuvre.
C’était, du reste, un devoir que s’imposaient les femmes vertueuses de faireelles-mêmes, outre leurs robes et leurs ajustements, des vêtements pour leurs maris,leurs enfants et leurs esclaves. Auguste, on le sait, portait habituellement des habitsfaits par sa femme, sa sœur et ses filles.
Après avoir filé la laine, le lin ou le Bysse , elles en fabriquaient des étoffes surle métier. Ces mœurs anciennes ont prévalu longtemps chez les Romains quiles avaient consacrées dans les épousailles par une cérémonie essentielle qui consistaità faire porter devant la nouvelle mariée une quenouille et un fuseau.
Ce fut seulement vers la fin du premier siècle avant notre ère que la soie