INTRODUCTION GÉNÉRALE
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s’introduisit à Rome : Le pillage des riches et luxueuses provinces d’Asie renditun moment les tissus de soie tellement abondants, que non-seulement les femmes,mais les hommes les adoptèrent pour leurs vêtements. Ce n’est que beaucoup plustard, sous le consulat de Taurus et de Libon, l’an XVI après Jésus-Christ, que leSénat croit devoir s’opposer à ce luxe ; il défend aux hommes « de se déshonorer enportant des étoffes de soie. » (Ne serica vestis viros fœdaret. Tacit. Annal., Lib. II ,cap. xxxiii.)
L’art des Phrygiones , de ces ouvriers si habiles dans l’ornementation des tissus,arriva à l’apogée de la perfection le jour où les triomphateurs eurent recours àleur talent. Une sorte d’émulation naquit nécessairement entr’eux dès ce moment-làet ils se surpassèrent les uns les autres. On sait que la robe appelée : Toga pictaou palmata, habillement ordinaire de ceux qui avaient l’honneur du triomphe,était leur ouvrage. Cette robe était ornée de « palmes d’or brodées ou tissues« dans l’étoffe. »
La Trabea, sorte de robe de pourpre dont on revêtait les statues des dieux,était aussi la plupart du temps tissée par eux.
Nous ne saurions achever ce premier aperçu de l’art que nous essayons dedécrire, sans dire un mot des couleurs employées par les Anciens à la teinturede leurs tissus.
La pourpre, si estimée des Grecs et des Romains, et devenue chez eux l’undes signes distinctifs de la puissance souveraine, était une sorte de violet foncé etnon, comme on le croit généralement, une teinte d’un rouge vif. La Porphyra dibapha,ou pourpre teinte deux fois, était surtout renommée. Cet usage de teindre deuxfois la pourpre datait de la plus haute antiquité. Dans le Cantique des Cantiques, lechœur des jeunes filles s’adressant à la jeune épouse s’exprime ainsi : « Vos cheveux« sont comme la pourpre du Roi liée et teinte deux fois dans les canaux« des teinturiers. »
Cette riche couleur venait de l’Asie et particulièrement de la Phénicie. Onla vendait au poids de l’argent. Son mérite spécial, aux yeux des Anciens, sembleavoir été de s’aviver et de foncer par l’exposition au soleil au lieu de pâlir commela plupart des couleurs rouges, violettes et bleues.
C’est au hasard seul, suivant la tradition, qu’on doit la découverte de cettebelle couleur. Tout le monde connaît l’histoire de ce chien de berger qui, pressé parla faim, brisa sur le bord de la mer un coquillage (Murex). La liqueur qui enjaillit lui teignit la gueule d’une couleur qui ravit d’admiration ceux qui la virent.On chercha les moyens de l’appliquer sur les étoffes et on y réussit. C’est à l’HerculeTyrien, qui vraisemblablement était le propriétaire du berger et du chien, qu’onfait l’honneur de l’invention.
A Pompéi, on a trouvé près de la boutique de plusieurs teinturiers des tas decoquilles de Murex , et M. de Saulcy nous apprend qu’il a également découvert auxenvirons de Sidon (Phénicie) , un amas de coquilles de la même espèce. Toutesces coquilles portaient la trace d’un coup de meule qui ne permettait pas de douterqu’elles n’aient servi à en extraire de la pourpre Tyrienne.
Pline et Vitruve signalent la Garance comme entrant dans la composition de