INTRODUCTION GÉNÉRALE u
de celles de la Grèce et de Rome, résistèrent aux rudes épreuves des invasionssuccessives. Elles durent, il est vrai, se réfugier dans les cloîtres et dans les Églises.C’est dans ces asiles sacrés qu’il faut principalement chercher le développement del’industrie de Y ornementation des tissus que l’art chrétien devait élever si haut. Dèslors, l’établissement d’un monastère n’ouvrit pas seulement un asile nouveau aux débrisdelà science. Il s’y créa ordinairement un centre industriel. Les travaux manuelsdevinrent une profession cléricale, qui fut exercée à l’ombre des Églises par de richeset puissantes associations.
« Je ne doute pas, dit M. Blanqui, dans sa remarquable histoire de l’économie« politique, que telle ne soit la véritable origine des corporations industrielles : leur« naissance se confond avec celle des couvents où le travail était prescrit : c’est de là^ que l’industrie, esclave chez les Romains, serve chez les Francs, sortit libre pour« s’établir au sein des villes du moyen âge. «
Les Évêques et les abbés encourageaient surtout la fabrication de ces tissusornementés qui rehaussaient l’éclat des cérémonies religieuses; de là ces admirableschapes que nos Eglises conservent précieusement et qui nous surprennent par le finid’un travail qu’aujourd’hui nous nous efforçons d’imiter.
Les prélats donnaient l’exemple en se livrant eux-mêmes à ce genre d’occupation.Les châsses décorées d’or et de pierreries, que saint Eloi fabriquait pour être placées surla tombe des bienheureux, étaient ordinairement recouvertes d’un voile de soie ( pallaholoserica) tissé la plupart du temps dans les dépendances des cloîtres. On faisait alorsdans les édifices sacrés grand usage de ces voiles toujours parsemés de précieusesbroderies. Grégoire de Tours, qu’il nous faut citer encore, mentionne fréquemmentces tissus d’une incomparable richesse et on rencontre, dans des documents de l’époque,de longues descriptions de voiles de diverses espèces dont on couvrait les murs desEglises : Velola per ipsins oratorii parietes, dit saint Yrieix dans son testament quiest arrivé jusqu’à nous. Les uns étaient entièrement de soie; d’autres ornés de peintures(vêla picta) et embellis de marqueterie (soutachés, vermiculata ).
Ces pieux et fervents catholiques ne faisaient que suivre la tradition de l’Egliseprimitive. De nombreux pèlerinages dans la ville éternelle leur avaient fait connaîtreles catacombes; ils avaient prié, eux aussi, dans ces espaces creusés par les martyrs; ilsen avaient admiré les peintures, premiers monuments de l’art chrétien dégagés del’influence payenne ; et, dans ces fresques, qui reproduisent des scènes de l’ancien etnouveau Testament, ils retrouvèrent l’ornementation des étoffes de leurs devanciers.
A Rome, l’on a déblayé de nos jours l’Eglise souterraine de Saint-Clément. Ellerenferme les plus anciennes et les plus grandes peintures murales que l’on connaisseen dehors des catacombes.
Ces touchants ex-voto qu’on peut voir encore sur les pilastres qui soutiennent lavoûte de l’édifice, cette série de fresques, représentant l’histoire de sa fondation, quisuivit de très près la victoire de 'Constantin, durent également servir de modèles auxartistes brodeurs que les établissements religieux entretenaient à grands frais.
Cependant quelques austères serviteurs des serviteurs de Dieu, servi servorumDei, comme ils s’intitulaient, déplorent un pareil luxe dans la maison du seigneur etcherchent à l’enrayer. Saint Césaire, évêque d’Arles, qui vivait au sixième siècle,