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L 'ornement des tissus : recueil historique et pratique / par M. Dupont-Auberville avec des notes explicatives et une introduction générale ; ouvrage édité sous la direction de M. Bachelin-Deflorenne
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INTRODUCTION GÉNÉRALE

J 9

« ce ne fut, nous dit-il, que vers la fin du xi e siècle et dans le xn e que la légèreté de« lesprit des Français les fit aviser de mettre les plumes des oiseaux sur leur tête,« comme symbole de ce quils étaient encore plus légers queux. » Nous croyons queMézeray se trompe : Virgile nous apprend au livre x de son Enéide , quun général delarmée des Liguriens, nommé Cupavus, avait des plumes de cygne sur son casque quandil vint au secours dÉnée contre Turnus. (Etpaucis comitate Cupavo-Cujus olorinœ sur-gunt de vertice pennæ.)

Le xi e siècle cependant sécoulait sans que son cours eût amené la réalisation de lafameuse prophétie de lan mil : « Le monde vivra mille ans et plus. » Chacun avait ré-pété cette parole avec effroi, et lunivers chrétien, qui avait oublié la fin du monde,oubliant sa terreur, se relevait le cœur pénétré de reconnaissance et de foi comme aulendemain dun danger que la miséricorde de Dieu vient décarter de nos têtes.

Cest alors que, tout à coup, retentit dans lOccident la parole conquérante dunsoldat devenu moine qui, pieds nus, parcourant les bourgs et les villes, les duchés etles royaumes, prêchant au nom du Christ, au nom de son vicaire le pape Urbain II,reprochant aux chrétiens labandon du tombeau du Sauveur du monde et loppressionde leurs frères dOrient, les enflamma de son esprit et de son ardeur guerrière. Lapremière Croisade fut résolue. Godefroy de Bouillon marcha à sa tête. Robert II con-duisit les Normands, Hugues de Vermandois les Picards, dautres nobles princes sejoignirent à eux, et successivement Constantinople, Dorylée, Antioche, tombèrent enleur pouvoir.

Guillaume de Tyr, dans son Histoire des Croisades , parle plus dune fois des richestrésors et surtout des étoffes précieuses que renfermaient les villes conquises. « Lorsque« les Croisés, dit-il, semparèrent dAntioche, à la fin duxi e siècle, ils trouvèrent une si« grande quantité dor et dargent, de pierres précieuses, de tapis magnifiques et dou-« vrages en soie, que des hommes qui ne vivaient que daumônes devinrent riches« tout à coup et nagèrent dans labondance. »

Mais si la crainte dun anéantissement général avait dun côté terrifié les uns, elleavait de lautre exalté bien des témérités, et, dès lan 103 5, une poignée daventuriersde ces mêmes Normands qui prirent part aux Croisades sous la conduite de gentils-hommes de leur race, de la maison de Hauteville, sétaient jetés en Italie pour y tenterfortune. Guillaume Bras-de-Fer, leur chef, sallia au prince de Salerne, soumitdabord la république dAmalfi, dépôt du commerce de lOrient.

La mauvaise foi du prince italien le détacha de son parti, et il tourna pour sonpropre compte ses armes victorieuses contre la Calabre et la Fouille, quil réduisit, et senfit proclamer comte. Ses frères Droyon, Robert Guiscard et Roger, soutinrent à samort ses conquêtes et les affermirent par les victoires quils remportèrent sur les Sarra-sins établis en Sicile et sur les Grecs. Si bien quau moment se prêchait la premièreCroisade, Roger régnait en Sicile sous le titre de grand comte et de légat apostoliqueque lui avait conféré Urbain II, dont la voix puissante soutenait lélan passionné dePierre lHermite. Son fils Roger II lui succéda et bientôt dépouilla de ses Etats Guillaume,fils de Guiscard. Maître ainsi de laPouille,de la Calabre, des États dAmalfi, de Naples, deCapoue, il plaça sur sa tête la couronne dun nouvel État, qui prit le nom de royaumedes Deux-Siciles.