INTRODUCTION GÉNÉRALE
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règlements relatifs à la police, à l'industrie et au commerce de Pans. Son livre estun. miroir fidèle dans lequel se reflètent les moindres détails de la vie industrielle etcommerciale de Paris au xm e siècle. L’éditeur a judicieusement fait suivre l’œuvred’Etienne Boileau des ordonnances sur le commerce et les métiers rendues par lesprévôts de Paris de 1270 à 1^00.
Les ordonnances sur les ouvrières de tissu 7 de soie; sur les crespiniers de fil et de soye;sur les ouvriers de draps et de soye; de veluyaux et de boursene en lac; sur les filaresses desoye à grand et peti ^ fuiseaux; sur les broudeeurs et les brouderresses; sur les tapisiersde tapi 7 sarrafinois et de tapi7^ nostrery sur les faiseuses d’aumonières sarrazinoises, etc.,donnent une idée non seulement de l’importance de ces diverses industries, qui toutesse rattachent à l’art de l’ornement des tissus, mais aussi du soin que l’on apportait àla fabrication. Par exemple, nous trouvons dans la plupart de ces curieux documents« que nul ne pourra ouvrer ou dit mestier de nuiz fors tant comme la lueur du jour« durra tant seulement ; car l’œuvre fête de nuiz ne peut estre si bone ne si souffi-« sant corne l’euvre de jouz. »
« Que nul broudeeur ou brouderéesse ne pourra mète or en euvre qui ne« soit de huit soulz le bâton, car à moins ne puet l’en fere euvre bone ne souffisant« de brouderie.
« Que nulles des mestresses ne ouvrières de boursses sarrazinoises doivent se«• servir de bone soye filée ou retorsse où il ait or de Luques fors que fin or\ autrement« l’œuvre doit estre arsse si elle estoit trouvée. »
Ces aumonières ou bourses sarrazinoises, dont la mode s’était si singulièrementpropagée depuis les Croisades, étaient ordinairement brodées et quelquefois très riche-ment ornées, témoin celle que renferme encore aujourd’hui le Trésor de la Cathédralede Troyes et qu’on dit avoir appartenu aux comtes de Champagne. L’une d’elles, quidate du xn e siècle, représente un des épisodes de la guerre de Palestine. On y voitle portrait artistement brodé d’un jeune Sarrazin, vêtu d’un manteau blanc qui luienveloppe la tête et les épaules, d’un justaucorps serré et d’une jupe large et flottante.Dans la partie inférieure, il est représenté immolant un lion aux pieds de la reineEléonore d’Aquitaine. Le travail de cette aumônière est très ingénieux, quoiquesingulièrement chargé. Les personnages, les arabesques et les feuilles ont été brodésen soie sur toile ordinaire, puis découpés et appliqués sur un fond de velourscramoisi. Leur relief a été obtenu au moyen d’une garniture intérieure de laine fine.
Les nombreux spécimens de ces aumonières qui sont arrivés jusqu’à nous,démontrent clairement que nos brodeurs s’inspiraient des modèles orientaux. Lesétoffes épaisses et raides paraissent au Moyen Age avoir eu une préférence mar-quée dans l’empire byzantin. Le costume des empereurs et des personnages dedistinction n’est plus, d’après Ducange, qu’une mosaïque où se trouvent superposésl’or, les perles et les rubis; ce n’est qu’un enchâssement continuel de grosses pierreriesdans les tissus que Lartiste cherche dans ses compositions. Tout cela s’identifie tou-jours avec un certain art à la broderie qui forme le fond de la plus grande partiede ces riches étoffes.
Dans l’empire musulman, au contraire, on s'occupe plus de tissage, et la modese maintient aux étoffes brochées. La manière la plus usitée d'orner les vêtements